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Pour en revenir au Bahar el-Ghazâl, tous les habitants du groupe insulaire de Karka et des alentours s’accordent dans l’affirmation qu’il a été jadis un écouloir du lac Tsâd ; mais ils ne savent donner de son desséchement aucune explication satisfaisante. Cet immense _oued_ qui semble s’étendre, à vol d’oiseau, sur une longueur de plus de cinq cents kilomètres, est déchiqueté par une infinité de baies et de bras latéraux qui se dirigent en tous sens, et où les fontaines à fleur de sol comme les flaques d’eau permanentes se rencontrent en grand nombre ; souvent même à l’extrémité de ses embranchements, l’eau de pluie se conserve des mois durant.

Du lac à son ancien canal d’écoulement, la transition n’a rien de bien marqué ; on ne voit pas nettement où l’un finit, où l’autre commence ; la région de Karka n’a point le caractère lacustre, ni le Bahar celui d’une vallée fluviale, dans l’acception ordinaire de ce mot. La station d’Alimâri paraît encore faire partie de Karka, n’être qu’une île aujourd’hui déserte ; à quelques heures plus à l’est, celle de Serreâch peut également être rattachée au domaine du Tsâd ; ce n’est qu’à partir de Tegâga, la station suivante, qu’on peut se croire à peu près sûrement dans le sillon de l’oued. Puis viennent les aiguades d’Haschimi, d’el- Beyâda, d’esch-Schalôba, d’Omm Dokân, de Mâda es-Srhîr et d’el-Kara, échelonnées dans la même direction, sauf peut-être un léger écart vers le sud, sur quelques heures seulement d’étendue, et coïncidant la plupart avec des entailles latérales du Bahar. El-Kara, la dernière nommée, semble être à deux jours de marche au sud-sud-est de Mondo. De là, le sillon s’infléchit peu à peu au nord-est, et présente successivement les stations d’el-Lidjegnim, de Mezrâk, de Torôro, el- Dougguel, Scheddera, Hadeba et Haroup. Toute cette région appartient aux Krêda, qui vivent mêlés à la tribu schoa des Oulâd Hamêd ; les Degguena, cantonnés un peu plus au sud, la visitent aussi partiellement.

Plus au nord-est, on trouve Chérib, Endrêp, el-Grêk, Omm Basour, el- Komandjer, Chôal et Choâch, cette dernière à deux jours environ au sud- est de ce val Zommêze (enneri Kou) où je campai lors de mon voyage dans le Kânem ; puis, une quinzaine encore, notamment Solâdo, Asounga, Alô, Algaba et Birkiat, celle-ci à deux jours et demi des fontaines les plus sud-orientales de l’Egueï. Tout ce district est occupé par les Sakerdâ[115]. Enfin, la dernière section du Bahar (de Birkiat à Kourri Torrâo), qui va se dépouillant peu à peu de son luxuriant caractère d’amont, et où les aiguades deviennent rares, est aux mains des Norêa[116] ; cette région terminale participe déjà du désert proprement dit.

LE BORNOU ET SON HISTOIRE

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CHAPITRE XIV

Variétés d’aspect, de flore et de faune. — Activité agricole et productive des habitants. — Charme harmonieux que présente l’ensemble de la contrée. — Complexité de physionomie de la population. — Les annales kânemo-bornouanes. — Translation du siège du gouvernement au Bornou actuel. — Invasion des Fellata. — Comment le fakir Mohammed el-Amin-el- Kânemi devint le fondateur d’une nouvelle dynastie. — Le Bornou sous le cheik Omar ; symptômes de décadence.

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