C’est au sud des Koumosoalla et des Oulâd Sâlim qu’est situé le district proprement dit de Mâo. Sa localité principale, Mâo, est peuplée de Dalatôa, lesquels, on l’a vu, sont de souche esclave, mais n’en jouent pas moins un rôle important au Kânem. Outre Mâo, ils habitent encore Jagoubberi, Metalla et Mortofou, au sud-ouest.

La région au sud de Mâo est loin d’être aussi bien partagée en vallées que le pays de Lilloa. Celles qu’elle renferme sont plates, et, sauf une, l’enneri Koulolo, laissent à désirer comme fertilité. Au midi, du côté de Mondo, se trouvent, outre le val Koulolo susnommé, les vallées de Kaliloua, d’Allôri et de Sougoullé, habitées par des Dâza de la tribu des Bakaroa. A l’est, à un bon jour de marche de Mâo, sont les deux vallées de Goudjer, peuplées de Kouka, originaires de l’Ouadaï et venus au Kânem avec les Boulala. C’est entre Mâo et le groupe de Goudjer que s’élevait jadis la capitale du pays, la fameuse Ndjimi. Près du petit Goudjer, sont trois vallées, Hanga, Kournaka et Sajâl, qu’occupe la tribu des Beni Waïl, probablement de souche chôa. Quant à la région qui s’étend plus à l’est, jusqu’au Bahar el-Ghâzal, elle est dépourvue d’habitants.

A l’ouest de Mâo, nous rencontrons une suite de bassins fertiles, les uns allongés du nord au sud, tels que le val Djougou, les autres de forme arrondie, avec un lac natron au milieu, comme Rôjendou, Mapal, Billangâra et Agrârem. Seule, la longue vallée de Gâla, où s’élève la ville du même nom, possède une lagune d’eau douce où croissent des roseaux. Presque toutes d’ailleurs sont marécageuses et pourvues de puits qui y facilitent la culture des céréales, du coton, des légumes. La ville de Gâla est une colonie koubouri (Kânembou), passée ensuite sous la domination des Mâgomi (Kanouri). Plus au nord, la population semble composée mi-partie de Kânembou (sous l’alifa), mi-partie de Koumosoalla.

Au sud-est du pays est Mondo, le centre du district des Toundjer, où finit, de ce côté, le Kânem habité. Ce district renferme de nombreuses vallées, avec une centaine de bourgades, me disait un Toundjer, de la famille du chef de tribu. Peut-être le renseignement vient-il de source quelque peu suspecte ; mais, dans tous les cas, le pays est, à coup sûr, bien peuplé, et la population s’y égrène en hameaux minuscules et épars, dont l’un, entre autres, porte le nom de _Tunis_, en souvenir, dit-on, du dernier lieu de résidence des Toundjer, avant leur émigration au pays des nègres. Cette peuplade, de souche arabe, est devenue entièrement sédentaire et s’est, mieux que toute autre, pliée au genre de vie des Kânembou, comme le prouve du reste l’application de _fougobo_ qu’elle donne, elle aussi, à son chef.

Poussons maintenant vers la région sud-ouest du Kânem. Voici d’abord, en deçà de Ngouri, un petit district, d’une demi-journée de marche de traversée, avec ses deux centres de population visités par moi, Antjâli et Metalla, le premier occupé par le groupe kanouri des Antjâlibou (gens d’Antjâli), le second en majeure partie aux mains de Dalatoa. Dans le voisinage habitent encore d’autres peuplades ou restants de peuplades kânembou, les Hameraja, les Fôrebou, les Biriwa, les Melemmia, les Galabou, etc. Voici, plus loin, le « pays de Bari », habité par des fractions de Dânoâ et de Boulâla ; Ngouri, le chef-lieu des Dânoâ, est séparé par trois vallées (Waja, Riguima, Bâri, Kallem) du populeux district de Dibelontji, appartenant aux Nguidjem, encore un reste au Kânem de cette tribu des Boulala qui a émigré vers le lac Fitri[105].

Avec le pays de Bari, nous avons atteint la rive orientale du Tsâd, dont je n’ai pu, malheureusement, relever moi-même le contour exact, ce qui est d’autant plus regrettable, que la marge lacustre de ce côté paraît encore sujette à plus de variations, grâce à l’incessante formation de lagunes, que ne l’est le littoral nord.

Tout ce que je puis dire, pour compléter cette notice géographique et ethnique, c’est que si, de la baie de Daboua, au nord du bassin, point touché par nous lors de notre voyage au Kânem, on longe vers l’est la rive, on arrive d’abord à Beri, localité des Sougourti, où Barth a passé, puis à Maten el-Milah, un autre point de mon itinéraire. A une demi-journée, puis à une journée plus à l’ouest, se trouvent Kologo, autre village sougourti, et Kiskâwa, la principale résidence des Koubouri du Kânem. A partir de là, le rivage s’infléchit de plus en plus au sud-est, et l’on rencontre, dans cette direction, à un fort jour de marche de Kiskâwa, Talnguim, qu’une autre bonne journée et demie sépare du val schitâti de Tjanga. Entre Talnguim et Fouli, qui semble être à quelques heures de la rive, s’étend le pays de Soulou, souvent cité dans les chroniques bornouanes comme étant au pouvoir des Nguellega, subdivision de la tribu kânembou des Kounkinna. De Fouli, on atteint, paraît-il, Mojo en deux jours, et Gala en un jour et demi.

Tout le reste de la rive sud-orientale, avec les localités qui s’y trouvent, semble être une grande partie de l’année au sein des lagunes. Citons, parmi les lieux plus ou moins habités, Manija, Djigguel, Ngallala, siège du chef bouddouma, qui a le titre de _kachella kimè_, Maltê, où réside un autre chef bouddouma, puis Killiram, et Massowa, où demeurent les Kouri. Au sud de ce dernier centre de population, le lac est tout rempli par le semis des îles des Koukinna. A tous ces villages plus ou moins insulaires, il faut ajouter, un peu plus à l’est, le groupe de hameaux des Aredda (el-Asâga, Deleât, Medelê, Kaïra, Benetti).