Si, de la partie orientale du Schitati (Bîr-el-Barka), on se dirige à l’est-sud-est, on gagne, en un jour moyen de marche, le district oriental du Lilloa, à savoir le val Medeli. Viennent ensuite les vallées d’Afo, d’Ako et de Guisségui ; puis, au nord-est, celles de Baladi, de Kournaja, de Terêda et de Kou. Au sud de cette dernière, et séparée d’elle par un simple pli de terrain, se trouve le val Kelenka ; de là, on franchit un certain nombre de dépressions privées de population sédentaire, et l’on atteint, en une journée, l’aiguade d’Elleni (en arabe, Ezzeguei), puis, plus loin, les fontaines de Kara et d’Aourak. Plus loin encore, on passe huit vallées semblables, au prix d’une demi- journée de trajet, et enfin, en marchant une journée et demie de plus, on débouche sur le Bahar el-Ghâzal, à quelques heures au sud-ouest de la station de Solâdo Ouneki (en arabe, Solâl-el-Hâmi).

Quand je partis de l’enneri Medeli pour mon excursion au sud-est du Kânem, je passai d’abord, au bout de quelques heures de marche vers le sud, près du val Djabôr, à l’est duquel se trouve une suite de vallées presque parallèles à celles que j’ai ci-dessus énumérées, et qui n’en sont séparées que par une ligne étroite de hauteurs. C’est ainsi que de la partie méridionale de Médeli on gagne, à l’est de Djâbor, le val Bagalê ; que d’Afo, on descend dans l’enneri Mâong, et que, d’Ako et de Guisségui, on atteint, au midi, Tillôri et Intjôna. Au sud de cet ensemble de dépressions, sont les enneris Kougui et Kojollo, ce dernier contigu au val Bagalê.

Tous ces enneris, qui constituent la partie nord du Lilloa, appartiennent aux Dogorda, lesquels subissent la domination des Mghârba, comme, au Schitati, les Kadiwa et les autres Dâza sont subordonnés aux Oulad Sliman. Ici encore, l’agriculture est laissée soit aux mains de Kanembou travaillant sous le protectorat de leurs cohabitants, soit à l’élément sédentaire de la tribu. Les vallées de Lillôa sont renommées pour leur abondance de dattiers ; néanmoins les plus au nord-est, parmi celles que je viens de citer (Balâdi, Kournaja, Terêda, Kelenka et Kou), ne participent point de cette richesse. Medeli, Afo et Ako sont également peu favorisés à ce point de vue ; Guisségui a un peu meilleure part ; mais c’est dans les autres enneris que la nature s’est montrée le plus prodigue. Bien qu’inférieures en qualité à celles du Borkou, les dattes lilloennes fournissent cependant un appoint alimentaire d’autant plus précieux qu’il s’en fait deux récoltes par an, au commencement de l’été et au printemps. En dehors des dattiers, il y a, dans tout le district, abondance d’arbres à aiguillons, et principalement des kournas. Enfin, aux céréales s’ajoutent, comme produits cultivés du sol, le coton, le tabac et les fèves.

Les Dogorda, qui ont opposé une si opiniâtre résistance à l’établissement des Oulad Sliman au Kânem, se divisent en Mousou, en Sendêma, en Kadjimma, en Abou Hâdjea, Abou Gorda, et Medelea. A côté d’eux, vivent des Orabba, qui se sont détachés de leurs frères du Schitâti, et qui sont devenus sédentaires.

Au sud du groupe d’Alâli, autre district traversé par moi lors de ma pointe vers le sud-est du pays, se trouve la vallée de Bî, et, à l’est de celle-ci, les oueds Faské et Doummel, qui, avec Tchira et Waschegui, au midi, forment le district des Hawalla (ou Famalla, comme disent les Arabes), très riche en dattiers. Les Hawalla sont également de souche dâza, mais mélangés d’élément kanembou, et devenus, par suite, plus ou moins sédentaires ; ils ont avec eux, comme agriculteurs, des Hammedjs ou Kanembou restés purs ; néanmoins, eux-mêmes, depuis quelque temps, ils semblent montrer quelque tendance à se fixer sur la glèbe. Ils se partagent en Anna ou Anja, en Ankordeâ, et en Dôla, et ne parlent que l’idiome dâza.

Au nord-est de l’enneri Doummel se rencontre une suite de vallées, Altefou, Wogara, Dônko et Tchiri, où prospère encore passablement la culture du dattier, et qui forment le district des Tchiroa, Kanembou demeurés assez purs, et chez qui domine la langue kanouri. Ils ont pour chef, en cette qualité, non un _Medelâ_, comme les tribus de sang mêlé précédentes (d’où le nom de _Medelâ_ appliqué par les Arabes à celle- ci), mais un _Fougobo_, et mènent une vie essentiellement sédentaire ; outre leurs plantations de dattiers, ils possèdent un petit cheptel de bétail ; toutefois, ils s’adonnent surtout à l’agriculture.

A une demi-journée de marche plus à l’est, on atteint une autre vallée dattière du nom de Terêda, avec deux villages de Nôreâ (en arabe, Nawârma), rameau détaché, et devenu sédentaire, de la tribu de même nom qui habite le Bahar el-Ghâzal ; leur chef a le titre de _Marâ_. C’est le dernier enneri habité, de ce côté oriental du Kânem. Plus loin, dans la même direction, il n’y a plus que des stations aquifères, Tiné, Haddâra, Schekkarâja, cette dernière à deux jours et demi de marche du val Terêda, et à une demi-journée en deçà du Bahar el-Ghâzal.

Au sud de tous ces enneris se trouvent des districts qui, par leur nature, se rattachent encore au groupe de Lilloa : les uns relèvent immédiatement de l’autorité de l’alifa de Mâo, les autres sont la propriété des Koumosoalla, qui eux-mêmes obéissent à l’alifa. Ce sont : le val Koullakoulla, le groupe d’Alâli, le val Jigui-Delfeanga, siège principal des Koumosoalla, l’enneri Mafal, qui leur appartient aussi, et les oueds el-Dâgel, Garda et Ngadeggui, qu’occupent les Hammedjs de l’Alifa. Ajoutons, plus au sud, et le fertile bassin de Korofou, et celui de Firi, et les enneris Lugguera, et d’autres, à la suite, appartenant aux Oulâd Sâlim.

Les Koumosoalla et les Oulâd Sâlim, confondus par les Arabes sous le nom de gens du Kaigamma (c’est le titre que porte le chef), offrent un nouvel exemple curieux de mélange de races. Physiquement, et surtout pour la couleur de la peau, ils sont plus près des Dâza que des Kânembou ; ils parlent la langue dâza, ont des Hammedjs pour cultiver le sol, possèdent une petite cavalerie de chameaux, et mènent une vie errante, quoique se mouvant dans un cercle restreint. Ce qui prouve qu’en eux l’élément dâza est prépondérant, ce n’est pas seulement leur idiôme, c’est aussi le titre de _kedela_ que porte le chef d’un de leurs groupes, les Delfeâ, et la tradition qui les fait venir du Bahar el- Ghâzal ; mais ce qui démontre, d’autre part, que leur sang s’est trouvé mélangé, c’est, outre l’opinion générale de leurs voisins, ce titre nullement dâza de _koumo_ (à l’origine _kima_, dit-on) que porte le chef de toute la tribu, et qui a valu à celle-ci son nom de _Koumosoalla_. J’incline à croire, pour mon compte, que la peuplade est issue d’un mélange de Dâza et de Boulâla.