Advertisement

Examinons-en d’abord la section nord-ouest, celle qui commence, à l’est, au 15e degré de longitude (Greenwich), et finit, à l’ouest, en deçà de la pointe nord du lac Tsâd[101]. C’est un territoire ovale, d’un diamètre longitudinal de cent kilomètres au moins, que, lors de notre retour du Borkou nous avons traversé de l’est à l’ouest, de Bîr-el-Barka à Borodi. Il s’y trouve nombre de vallées, la plupart dirigées du nord- nord-est au sud-sud-ouest (Waguim, Beldjidji, Nouko Adi, Dosa, Tchanga, Borô, Tchinti, Fedderké, Kaou, Belindé, et autres). Les Arabes leur donnent à toutes le nom de wadi (oued), les Daza, celui d’enneri ; mais ces désignations sont impropres, car ces vallées sont des coupures fermées de toutes parts.

Plus on avance vers l’est, plus ces sillons de terrain se multiplient ; plus aussi l’eau terrestre abonde, et, partant, la facilité de culture, qu’on favorise aussi, lorsqu’il se peut, au moyen de puits à poulie (_chattatir_). La partie la plus profonde de la dépression contient les puisards ; cependant, beaucoup de ces vallées, telles que Jigui, Borô et autres, ont à leur centre un lac à natron renfermant plus ou moins d’eau, selon la quantité de pluie tombée et le niveau liquide du Tsâd. Le terrain d’alentour, plus ou moins accidenté, offre une couche supérieure de sable, sous laquelle, dans les vallées, on aperçoit une argile grise. Les parties sèches de la dépression sont garnies d’une épaisse végétation arborescente, et, vues du rebord de la vallée, font absolument l’effet des oasis au désert ; seulement, le terrain d’alentour, au lieu d’être complètement chauve, présente une maigre végétation d’acacias sajal, de karads, d’hedjilidjs, de siwaks, d’oschars et de toundoubs. A ces essences s’ajoutent, dans les vallées, des hyphènes, des kournas, quelques ficoïdées, tous arbres revêtus de convolvulacées et de plantes grimpantes.

Le district de Schitati compte plus de quinze vallées, renfermant une population fixe ou temporaire. Celles de l’est, les plus nombreuses, sont occupées principalement par les Kâdawa, à côté desquels on trouve en outre des Jouroa, des Orabba, des Dânoa, sans parler, bien entendu, des derniers venus, les Oulad Sliman, qui prétendent à la suzeraineté sur tout le pays[102].

Les Kâdawa ou Kâdiwa sortent de la souche kânembou des Dibbiri, lesquels, au lieu de suivre le mouvement d’émigration vers le sud de leurs congénères, restèrent à vivre avec la tribu dâza des Jiré et en prirent peu à peu les mœurs, le langage et le genre d’existence. Malgré le mélange inévitable des deux races ainsi associées, la peuplade, aujourd’hui encore, se divise en deux groupes distincts, formés, l’un, d’éléments kânembou, l’autre, d’éléments dâza, et ayant chacun leur nom distinctif : _Fougo Mea_, descendants de Fougo (en arabe Fougabou), — ce sont les Kânembou, — et _Zezirtia_, gens de Zezirti, — ce sont les Dâza. Des deux contingents, le plus nombreux est celui des Kânembou, qui reconnaissent pour leur auteur un pieux homme de l’époque bornouane, revêtu de la dignité de _Kadi_, d’où la désignation de _Kadiwa_ (_Kâdawa_) appliquée à l’ensemble de la tribu. Mais les Daza, plus énergiques, en leur qualité de nomades, ont acquis peu à peu la prépondérance, et leur langue est devenue celle de toute la peuplade. A l’époque de mon passage, les Zezirtia avaient pour chef ce Barka Hallouf, dont j’ai eu ci-dessus occasion de parler, et les Fougo Mea obéissaient au _fougobo_ Kobber. Les Kadiwa, chez qui domine la fière humeur des nomades, n’exploitent pas eux-mêmes le sol ; mais ils ont, dans presque toutes les vallées, des parents ou des clients (en dâza, _Mêlo_), de souche kânembou plus ou moins pure, qui vaquent aux travaux d’agriculture nécessaires. Avec les Kâdawa vivent des fragments de la petite tribu tedâ des Mâdâ, originaires du Tibesti, et de la tribu choa des Beni Hasen, établis en grand nombre au Bornou.

Les Jouroa[103], issus, dit-on, des Dogorda du Woun (au Borkou), possèdent, pour leur part, les vallées de Beldjidji, d’Erga, d’Oura, de Kliten, de Ganaza et de Kailê. Les Orabba[104], tribu de souche daza pure, mêlée de quelques éléments kânembou, et, avec le temps, devenue sédentaire, cultivent et paissent les enneris Kaou, Koulâja, Dôza et Ougueloum. Çà et là, quelques Kânembou sont restés dans leurs vallées d’origine, et, sous le nom d’_Hammedj_, et la tutelle des Dâza, s’y livrent à l’agriculture. De même, dans certaines vallées du Schitati et dans le sud-est du Manga, on rencontre de petits groupes de Dânoa, vivant dans des conditions analogues.

La partie ouest du Schitati appartient aux Wandala, la tribu nomade la plus importante et la plus riche du Kânem avec celle des Kadiwa. Ils avaient autrefois leurs cantonnements entre Birfo et Belgajifari. A l’époque de mon voyage, ils se subdivisaient en gens du Kedela Zezirti, et en gens du Kedela Tokoi. Ils errent, au nord, jusqu’au Manga, au sud, jusqu’au bord du Tsâd, et, à l’ouest, jusqu’à la route du Bornou. Leur ancien avoir exclusif en chameaux a beaucoup décru, pour faire place à des troupeaux de bœufs ; leur humeur de nomades s’en est naturellement ressentie, et, actuellement, ils semblent tendre çà et là à la vie sédentaire. La situation de leurs cantonnements exposés aux incursions des Touareg, le terrorisme des Oulad Sliman, la prépondérance acquise par leurs voisins les Kadiwa sous Hallouf, et enfin l’attrait que commencent à exercer sur eux les avantages d’une existence moins vagabonde, tout cela a déterminé nombre de groupes de leur tribu à rejoindre leurs cousins du district de Kâzel au Bornou.

Advertisement