Pendant cette conversation à demi-voix et la conclusion de ce traité, une ombre se glissa tout à coup près de nous, s'allongeant au clair de lune sur le sol, et nous aperçûmes une femme voilée qui s'avançait vers Pendragon, et lui toucha doucement l'épaule.

Le Gaulois la regarda, mais ne dit pas un mot. Sous ses longs vêtements chaldéens ornés de reliques bizarres et de têtes de mort en ivoire, on aurait eu peine à deviner si elle était jeune ou vieille.

Samuel se pencha vers moi et dit tout bas:

«C'est sans doute une de ces vieilles Chaldéennes qui prédisent l'avenir au premier venu pour quelque menue monnaie d'argent ou de cuivre. Restons ici. Tu vas voir une scène curieuse.»

En effet, tous les assistants voulurent connaître leur destinée, comme il est naturel à des hommes qui doivent se battre le lendemain et qui sont d'ailleurs en tout temps exposés à tous les hasards.

Héraclès, le vainqueur de Thèbes, voulut l'interroger le premier.

Il la saisit par le pan de sa robe et, l'attirant à lui de force, il s'écria:

«Eh! la vieille, veux-tu me dire ma bonne aventure?»

Elle se retourna à demi, le regarda dédaigneusement, et répondit:

«Que me donneras-tu, ivrogne?»

En même temps elle écarta son voile à demi et laissa voir sa pâle figure, éclairée par des yeux noirs où se réfléchissait la flamme sombre du bivouac.

Héraclès reprit en riant:

«Là! là! vieille sorcière, je te donnerai ma main et mon amitié.

--Donne ta main d'abord.»

Elle regarda, fronça le sourcil, traça divers signes bizarres dans la paume de l'argyraspide et répliqua:

«Malheur à toi! Je vois du sang dans ta main! Malheur à toi! malheur à toi! Celui qui tue avec le fer périra par le fer!...

--Enfin, dit Héraclès un peu troublé par ces paroles sinistres, nous allons combattre demain. Serai-je vivant après-demain?

--Qui sait?» répondit la Chaldéenne.

Et d'un mouvement prompt elle arracha le pan de sa robe à la main d'Héraclès et courut vers le Gaulois, comme pour implorer sa protection.

Déjà l'argyraspide se levait pour la poursuivre; mais le jeune Barbare étendit la main au-devant d'elle et dit d'une voix puissante et calme:

«Héraclès, laisse cette Chaldéenne, et va te rasseoir! Va!»

L'autre obéit en grondant comme l'hyène qui lâche sa proie et recule en voyant s'avancer le lion.

«Toi, maintenant, que me veux-tu? demanda le Barbare.

--Te parler, maître, au nom de celle qui m'envoie.»

Pendragon la regarda, étonné.

«C'est une femme qui t'envoie!

--C'est une jeune fille... Mais je ne puis dire qu'à toi qui elle est.»

Le Gaulois se leva, drapa sur ses épaules un manteau de laine de Milet, teint de pourpre de Tyr et brodé d'or, et s'écarta de quelques pas avec elle en se rapprochant de la tente dans l'ombre de laquelle nous étions cachés tous deux, Samuel et moi.

Le juif me serra fortement le bras et me dit:

«Écoute. Ou je me trompe beaucoup ou nous allons apprendre quelque secret important.»

Pendragon n'était qu'à trois pas de nous, mais en pleine lumière, au clair de lune, aussi bien que la Chaldéenne.

Elle le regarda dans les yeux comme si elle avait cherché à lire dans l'âme du jeune Barbare. Je vis alors que c'était une femme de trente-cinq ou quarante ans, ce qui est la frontière de la vieillesse dans ces brûlants pays d'Orient où la vie est si courte, où les femmes se marient à douze ans et quelquefois plus tôt. Sa figure maigre et pâle avait été belle. Les traits avaient encore de la noblesse et le sourire avait de la grâce.

J'avais vu autrefois la pythie de Delphes sur son trépied, rendant ses oracles. La Chaldéenne lui ressemblait.

Comme elle le contemplait en silence, le Gaulois lui demanda:

«Que regardes-tu là sur mon visage et dans ma main?

--Les signes de l'avenir.

--Ah! dit-il, tu te mêles de prédire?... Tu perds ton temps et ta peine avec moi, femme! C'est aux lâches et aux imbéciles de craindre la mort et de vouloir connaître d'avance leur dernier jour.

--Tu ne crains pas la mort, Pendragon, mais tu aimes la vie, peut-être?...

--Ah! certes! J'aime la vie, la gloire et la bataille comme tous ceux de ma race... Mais tu m'as appelé par mon nom. Qui te l'a dit?

--Tout le camp le sait déjà et connaît ton premier exploit, répondit la Chaldéenne. On raconte que tu as enlevé ce soir un prisonnier de marque dans la tente de Darius. Est-ce vrai?

--C'est vrai, dit Pendragon. Et après?...

--Après?... continua la Chaldéenne, après?... eh bien, en soulevant un coin de la toile de la tente, elle t'a vu revenir au camp et passer comme l'éclair aux acclamations de toute l'armée.

--Qui, elle?

--Je te l'ai dit: celle qui m'envoie.»

Le Gaulois réfléchit un instant et demanda:

«Elle est belle, au moins, celle dont tu ne veux pas me dire le nom.

--Plus belle que le soleil.

--Et jeune?

--Quatorze ans.»

Ici Samuel me dit tout bas:

«Il ne lui reste plus qu'à demander si elle a une belle dot.»

Mais je lui fis signe de se taire.

La Chaldéenne ajouta, voyant qu'il ne l'interrogeait plus:

«Elle est du sang des rois et plusieurs l'ont déjà demandée en mariage, mais son père l'a refusée à tous. Il attendait un gendre digne d'elle et de lui.»

«Ah! ah! dit Samuel en ricanant un peu. Je crois que la proposition est assez claire. Voyons ce que va répondre notre Barbare.»

Mais Pendragon ne répliqua rien, si ce n'est:

«Enfin que veux-tu de moi? Ou que veut la princesse qui t'envoie?

--Avant tout, reprit la Chaldéenne, montre-moi ta main ouverte!»

Le Gaulois obéit.

Après quelques instants elle s'écria:

«Pendragon, tu es né sous l'étoile d'Aldébaran, et tous les dieux travaillent à ton bonheur. Celle que tu choisiras sera la plus belle des femmes. Tu seras vainqueur, tu en feras une grande reine et elle fera de toi un homme heureux.»

Puis, tirant de sa tunique un objet qu'elle y tenait caché:

«Prends ce portrait, dit-elle, et regarde! C'est elle!

--Ah! s'écria le Gaulois après l'avoir longtemps regardé, que ta maîtresse a un regard plein de noblesse, de grâce et de majesté! Par le dieu Teutatès, je traverserais, le sabre à la main, pour la voir elle-même, tout le continent de l'Asie!

--Tu n'iras pas si loin, répliqua la Chaldéenne. Elle est à trois cents pas de nous.

--Dans le camp macédonien?

--Dans le camp. Elle est prisonnière d'Alexandre depuis la bataille d'Issus.

--Prisonnière! s'écria Pendragon. Prisonnière! Oh! je la délivrerai, quand je devrais moi seul livrer bataille à toute l'armée.»

La Chaldéenne reprit:

«Parle plus bas, on peut nous entendre. J'ai tiré son horoscope et lu dans les astres, le jour de sa naissance, que ma fille ne devait épouser que le plus beau, le plus brave et le plus généreux des hommes. Nous l'avons vu toutes les deux ce soir, et je sais maintenant, après avoir vu ta main et ton visage, que tu seras cet homme. C'est pour cela que je suis venue à toi.

--C'est ta fille?

--Je l'appelle ainsi, et par tendresse elle m'appelle sa mère. Mais je ne suis que sa nourrice. Elle a perdu sa mère.

--Ton nom?

--Arachosie.

--Et le sien?

--C'est la princesse Drangiane, la fille d'Amalec, grand prêtre et roi de Babylone.»

Samuel se serra contre moi et me souffla tout bas:

«Attention! attention! Sosiclès, je crois, si tu sais en profiter, que ta fortune est faite.

--Et la tienne?

--Oh! la mienne sera toujours inachevée. Nous autres, nous aurions beau entasser les milliards sur les millions, nous n'aurions jamais couronné l'édifice. Nous sommes nés pour amasser l'or comme les autres pour le dépenser. Vous autres Grecs, vous aimez les monuments, les statues, les tableaux, tout ce qui est bien taillé, bien construit, bien sculpté, tout ce qui brille au soleil. Nous, nous aimons l'or, qui est un rayon du soleil lui-même.

--Chut! Le Barbare va parler.»

Pendragon demanda:

«Nourrice, quel gage me donneras-tu de la foi de ta belle princesse?»

La Chaldéenne retira de son doigt une bague singulière dont le diamant brilla en réfléchissant la lumière de la lune, et le donna au jeune Gaulois.

«Voici son anneau de fiançailles, avec la devise en caractères bactriens: _Crois. Espère._

--Et voici ma réponse,» répliqua le Gaulois.

En même temps il dégrafa le bracelet d'or qui entourait son bras gauche et le donna à la Chaldéenne.

«Regarde ces mots, dit-il, qui sont gravés sur le bracelet et qui signifient dans la langue de mon pays: «En avant et partout.» C'est la devise de ma race... Maintenant, que faut-il faire?»

La Chaldéenne répondit:

«Drangiane est prisonnière. Elle croit que son père a été tué ou mis en prison par ordre de Darius; elle veut fuir et le rejoindre. Veux-tu l'aider dans sa fuite? A ce prix, si son père est mort, qui seul peut disposer d'elle, tu seras son mari.

--Si je veux! répondit Pendragon. A l'instant même. Mais Amalec lui-même est dans le camp. C'est lui que j'ai pris ce soir et emporté sur le dos de Nedjed en croyant emporter Darius.»

Arachosie leva les bras au ciel.

«Ah! seigneur, qu'as-tu fait! s'écria-t-elle. Les voilà tous deux maintenant au pouvoir d'Alexandre!»

Pendragon baissa la voix et raconta sans doute les détails de cette étrange aventure.

«Après tout, reprit-il tout haut, ce que ma main a fait, ma main pourra le défaire. Il n'est pas plus difficile de délivrer en même temps le père et la fille que la fille toute seule. Avez-vous des chevaux?

--Hélas! non, répondit Arachosie. Je vous l'ai dit, seigneur, nous sommes tout à fait prisonnières.»

Le Gaulois tortilla sa moustache blonde d'un air pensif:

«Ah! dit-il enfin, si j'avais là ce Samuel qui m'a prêté ce soir mille dariques... je ne serais pas embarrassé. Il m'a dit qu'il vendait de tout et qu'il me faisait crédit sur ma mine. C'est justement l'homme qu'il me faut... Mais où le trouver maintenant? Il est allé dormir, sans doute.»

Ici Samuel sortit de l'ombre et se montra.

«Vous avez besoin de moi, seigneur Pendragon?» dit-il d'un air humble et protecteur tout ensemble.

Le Gaulois se mit à rire.

«Toi, dit-il, tu es comme les fées du pays d'Armor. Dès qu'on a besoin de toi, on te voit paraître.....

--Pour votre service, seigneur Pendragon, il n'est rien que je ne fasse.

--En payant cher, n'est-ce pas?

--Comme vous dites, seigneur... Mais je suis si peu sûr d'être payé!... Ce qu'on fait payer cher, voyez-vous, ce n'est pas l'argent en lui-même, c'est le hasard qu'on va courir. Et moi, je suis aussi hardi avec mon argent que vous avec votre cimeterre. Je peux perdre mon argent, je peux en gagner dix fois davantage. Vous pouvez perdre la vie, vous pouvez gagner un royaume. Tenez-vous plus à votre vie que moi à mon argent?

--Non certes, dit le Gaulois en riant toujours.

--Eh bien, seigneur, ne nous méprisons pas l'un l'autre, puisque nous risquons tous deux avec le même courage ce que nous avons de plus cher au monde.

--Aussi, je ne te méprise pas; au contraire, tu me plais, et si jamais je gagne un royaume comme tu dis, tu ne te repentiras pas de m'avoir obligé.

--Enfin, que voulez-vous de moi, seigneur Pendragon?

--Cinq chevaux, Samuel!

--Vous les aurez dans une demi-heure.

--Des chevaux de course, tu m'entends bien, et non des chevaux de bagages.

--Je vous les choisirai moi-même, légers comme le vent et prompts comme la tempête. Mais cinq, c'est trop peu; il vous en faut un sixième.

--Pourquoi?

--Pour permettre à celui qui vous les aura fournis de vous suivre.

--Tu veux venir avec nous?

--Certes! croyez-vous qu'Alexandre me laisserait la tête sur les épaules s'il savait que j'ai favorisé votre fuite?

--Tu nous écoutais donc?

--Seigneur Pendragon, quand on fait une affaire, il faut en connaître tous les risques aussi bien que les bénéfices.

--C'est vrai, dit le Gaulois. Mais si tu fuis avec les autres, tu vas laisser tes trésors dans le camp. Alexandre les confisquera ou les soldats les pilleront. Et qui sait si je pourrai te les rendre!»

Samuel se mit à rire.

«Ce scrupule vous honore, seigneur Pendragon. Mais n'avez pas d'inquiétude. Excepté sept ou huit mille dariques que j'ai toujours sur moi ou à ma portée pour le service de mes amis, ma fortune est en sûreté.

--Vraiment!

--Que voulez-vous?... Nous autres, opprimés, bâtonnés, exterminés par tous les brigands de l'Europe et de l'Asie, nous n'avons trouvé qu'un moyen de mettre en sûreté cet or que tout le monde nous envie et qu'on nous arrache à coups de sabre en nous injuriant.

--Quel moyen?

--Nous avons changé notre or en papier, et fondé une industrie qui fera son chemin dans le monde et que nous seuls aujourd'hui connaissons. Nous sommes banquiers, seigneur Pendragon.»

Le Gaulois le regarda avec étonnement.

--Banquiers? dit-il. Qu'est-ce que c'est que ça? Est-ce que vous pétrissez le pain? Est-ce que vous vendez la viande ou le vin? Qu'est-ce que votre banque, enfin?

--Seigneur, c'est le plus beau de tous les métiers, parce que tous les autres hommes travaillent pour enrichir celui qui l'exerce. Si vous saviez ce que c'est, au lieu de tuer vos semblables pour leur arracher le peu qu'ils possèdent, vous leur parleriez avec douceur et modestie comme je fais, vous leur prêteriez de l'argent pour les assister dans leurs nécessités... Vous en réclameriez le double au bout de la semaine, et vous seriez maître de les ruiner au bout de l'année, de sorte qu'ils deviendraient en peu de temps vos esclaves soumis et volontaires, car ils attendraient de vous la permission de vivre.

--Mais, demanda le Gaulois, si l'un d'eux venait à te tuer pour prendre ton trésor?

--Il ferait une mauvaise spéculation, seigneur Pendragon, car mon trésor est déposé en lettres de change chez les banquiers de ma nation qui habitent Damas, Jérusalem, Babylone, Sidon, Carthage, Suze, Persépolis, Athènes, Bactres, et toutes les grandes villes de commerce de l'Europe et de l'Asie. Aussitôt qu'on apprendrait ma mort, les banquiers qui correspondent avec moi et chez qui mon argent est déposé, feraient rechercher et pendre le meurtrier. Comme nous courons tous le même danger, nous nous défendons les uns les autres.

--Et si l'assassin était tout-puissant, s'il était Alexandre lui-même?»

Le juif sourit.

«Si c'était Alexandre, on le forcerait à restituer en lui coupant les vivres. On ne lui prêterait plus une obole, et un roi qui n'a pas d'argent ne va pas loin... D'ailleurs, le plus grand héros du monde est à la merci d'un coup de poignard... Alexandre le sait bien. Au besoin, l'exemple de son père Philippe le lui apprendrait... Voyez-vous, seigneur Pendragon, il n'y a que trois forces dans la nature: le courage, l'esprit et l'argent. Mais l'argent vaut mieux que tout. Croyez-en mon expérience.»

Arachosie prit alors la parole et dit:

«Seigneur Pendragon, il faut partir cette nuit.

--C'est juste, dit le Gaulois. Toi, Samuel, va chercher les chevaux.»

Il réfléchit encore et ajouta:

«Mais, j'y pense! Pour faire sortir du camp la princesse et son père, il faut donner le mot d'ordre aux postes avancés, ou plutôt il me faudrait un ordre scellé du propre sceau du roi. S'il ne s'agissait que de moi, je forcerais aisément le passage; mais comment exposer la princesse à une mêlée terrible et à la mort?»

Samuel s'avança de nouveau:

«Seigneur Pendragon, ne vous embarrassez pas pour si peu. J'aurai l'ordre.

--Marqué du sceau royal?

--Oui.

--Tu es donc sorcier?

--Non, seigneur, mais j'ai des amis partout. Et si vous voulez prendre celui-ci à votre service, l'ami que voilà....»

Il me saisit par la main et me fit sortir de l'ombre où j'étais resté jusque-là.

«Le Grec Sosiclès? s'écria le Gaulois étonné, le secrétaire d'Alexandre?»

Je pris la parole à mon tour.

«Oui, moi-même, seigneur Pendragon. Je suis las du service d'Alexandre où je ne suis entré que par force, ayant été fait prisonnier à Chéronée pendant que je combattais pour la liberté d'Athènes. Le roi m'a bien payé; moi, je l'ai bien servi. Partant, quittes. Je ne lui dois rien. Au contraire, car il m'a forcé de combattre pour les ennemis de ma patrie. Je puis donc vous suivre partout où vous voudrez, et, en attendant, vous donner le moyen de fuir avec Amalec et la princesse. Souvenez-vous seulement, quand vous serez roi, que j'ai risqué pour vous ma vie.

--Quand je serai roi! dit Pendragon en riant. Qu'est-ce que cela veut dire? Tout le monde ici me promet la royauté, cette Chaldéenne, ce juif, ce Grec! Serait-ce en effet ma vocation d'être roi? Par Teutatès! ou les gens de ce pays sont fous ou les dieux veulent faire de moi le maître du monde! Sabre et lance! puisque tout le monde le veut, allons à la recherche du royaume!»

Puis, se tournant vers moi:

«As-tu écrit l'ordre?

--Oui, seigneur.

--Et tu l'as scellé du sceau royal?...

--... Que je porte toujours sur moi, oui, seigneur.»

Il dit à la Chaldéenne:

«Eh bien, Arachosie, qu'attends-tu?

--Vos ordres, seigneur.

--Va prévenir ta maîtresse. Dans une heure elle sortira de sa tente sous des vêtements d'esclave. Je l'attendrai à quelques pas avec une escorte et des chevaux tout prêts, ceux que va m'amener Samuel. Je vous escorterai seul dans la plaine du côté du Tigre et de Babylone. Samuel, Sosiclès et toi, vous partirez avec Drangiane. Je reviendrai seul au camp, car j'ai promis de combattre pour Alexandre dans la bataille de demain. Un honnête homme n'a que sa parole, et je tiendrai la mienne. Mais je n'ai pas promis de ne pas délivrer les belles princesses persécutées qui se rencontrent sur mon passage, et dans le glorieux pays des Gaules, qui est ma patrie, on me mépriserait si je refusais de tirer mon sabre pour une femme, fût-elle esclave au lieu d'être princesse. Toi, dis à la belle Drangiane que nous nous reverrons à Babylone!»

La Chaldéenne se prosterna et répliqua:

«A Babylone d'abord, seigneur Pendragon, et plus tard sur un trône. L'étoile Aldébaran me l'a dit! Aldébaran ne ment jamais!»