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LES FORÊTS

La Terre, notre petite planète, malgré sa boue et ses brouillards, n'est pas sans parures.

Les plus charmantes sont les grandes forêts dont les arbres magnifiques couvrent les flancs et les crêtes des montagnes, tapissent les vallées fertiles, s'étendent le long des fleuves.

Elles sont diverses selon les régions. Au Nord, les sapins, les bouleaux qui, en dépit des froids rigoureux, dressent leurs formes élancées sous la neige. Dans les climats plus doux, les chênes majestueux, les ormes, les châtaigniers; plus loin, quand la température s'élève, voici les palmiers, les baobabs, les caoutchoucs, les eucalyptus, les cocotiers.

Les forêts abritent des oiseaux, délicieux par leurs formes, leurs couleurs, leurs chants. La vie frémit, intense, sous leur voûte protectrice.

Les arbres sont la poésie de la terre.

Mais ils sont bien plus encore. Ils rendent la terre habitable. Grâce à eux, les montagnes ne sont pas des rochers stériles, les plaines ne sont pas des steppes monotones, les vallées ne sont pas des marécages fangeux. Ils purifient l'atmosphère, versant des flots d'oxygène, c'est-à-dire d'air vital.

Les forêts ont une autre fonction encore. Tous les êtres qui vivent à la surface de la terre ont besoin d'eau. Or l'eau ne nous est accordée par le dispensateur souverain qu'avec une pénible irrégularité. Tantôt, pendant deux ou trois mois, elle tombe avec une telle abondance que tout est inondé. Les fleuves débordent; d'immenses nappes d'eau couvrent au loin les campagnes... Tantôt les pluies cessent, et pendant deux mois, trois mois, parfois une année, parfois même plusieurs années, nulle pluie. Alors le sol, brûlé par un ardent soleil, se dessèche, et toutes les plantes meurent. Les animaux sont forcés d'émigrer; car l'eau est, autant que l'oxygène et le carbone, nécessaire à leur vie.

Dans les pays dénudés qui n'ont pas d'arbres, le fléau sécheresse succède au fléau inondation. Mais, si de vastes forêts s'étendent sur les coteaux et les collines, couvrant de larges surfaces, l'inondation n'est presque plus à craindre; les racines fixées aux divers niveaux du sol retiennent les feuilles mortes; les pierres s'entourent de mousses; de petits arbrisseaux s'agrippent de toutes parts aux roches; un tapis végétal couvre le sol, et ce feutrage de branchages, de feuilles et de racines fait que l'eau s'écoule difficilement. Elle se divise en ruisselets minuscules qui serpentent partout, goutte à goutte. L'eau de la grande pluie, au lieu de se précipiter soudain en un torrent qui dévaste tout, est précieusement conservée par la forêt; et lentement, minute par minute, heure par heure, jour par jour, mois par mois, distribuée aux plaines dont elle tempère l'aridité, de sorte que, dans les heureux pays où croissent les grandes forêts, il n'y a pas plus de sécheresse que d'inondation.

Ces deux calamités ne peuvent être conjurées que s'il y a des arbres.

Ce ne sont pas des vérités imprévues. Je ne dépasse pas le niveau des notions prodigieusement vulgaires enseignées dans les écoles primaires. Certes... Mais alors?

Pourquoi, connaissant si bien les dégâts d'un déboisement intensif, les hommes s'acharnent-ils sur nos pauvres forêts? Les vieux arbres séculaires sont arrachés, sciés, transportés, débités; ils font des papiers, des buches, des planches. La Terre perd son plus exquis décor. Les montagnes deviennent des escarpements nus que les pluies et les orages effritent. Le lit des fleuves roule des alluvions, et leurs embouchures forment de grands estuaires vaseux, inabordables aux vaisseaux, où les immondices humains se mélangent aux débris des montagnes ravagées.

Encore quelque cent ans, il n'y aura plus de forêts en Europe. Déjà, dans les steppes sibériennes, au Canada et aux bords de l'Amazone, l'anéantissement des grandes forêts qui existaient encore a commencé. Si l'homme était un peu moins fou, il protégerait ses grands arbres, si harmonieux, si élégants, qui sont ses meilleurs amis; mais il les traite comme des personnages hostiles. Il leur envoie ses chèvres, animal malfaisant entre tous, qui ronge les jeunes pousses et sème la ruine partout où il passe: ses bûcherons, ses industriels qui, pour un maigre profit, saccagent nos antiques forêts et condamnent les grandes régions voisines à l'infertilité. Un moment viendra,

Où le globe rasé, sans barbe ni cheveux, Comme un grand potiron, roulera dans les cieux.

Qui donc aura le courage de protéger nos vieux chers arbres contre la dent des chèvres et la hache des industriels?

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