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LA DÉFENSE CONTRE LES MALADIES
A quoi bon répéter à propos de la tuberculose ce que nous avons dit de la syphilis? C'est exactement le même nihilisme dans la défense, avec cette circonstance aggravante, qu'on respecte la tuberculose, même chez les vaches et les bœufs de nos étables, puisqu'on ne sévit pas contre elle, même après qu'on l'a dépistée. Il paraît que ce serait un désastre agricole que d'abattre tous les animaux tuberculeux. On préfère réserver les hommes à une longue et affreuse agonie.
Jadis il existait une affreuse variété de la tuberculose; la lèpre ou tuberculose de la peau. On a isolé les lépreux, et aussitôt on a fait disparaître la lèpre. De même, en isolant les tuberculeux, on ferait disparaître la tuberculose.
Je sais que ce n'est pas très simple; je sais même que ce serait très compliqué, très dispendieux. Alors, comme la solution du problème est difficile, on a adopté une méthode très commode qui convient merveilleusement à notre paresse: on ne fait rien.
Pour donner une symbolique image de notre état d'âme, je conterai que, lorsqu'il s'est agi, il y a quatre ans, à l'Académie de Médecine, de décréter pour la tuberculose _l'obligation de la déclaration_ (nécessaire pour que soient prises quelques rudimentaires mesures de désinfection et de prophylaxie), l'obligation n'a été votée qu'à la majorité d'une voix! Une voix de majorité parmi les médecins, et les médecins les plus éclairés de la nation! une voix de majorité pour essayer d'arrêter (combien peu!) la tuberculose dans sa marche conquérante parmi les hommes!
Une fois de plus, nous constatons que les microbes les plus méchants, les parasites les plus destructifs de l'espèce humaine, trouvent partout de zélés défenseurs.
J'ai parlé plus haut des moustiques qu'on pourrait très facilement anéantir. Et les mouches! Ces parasites encombrants, ignobles propagateurs de tant de maladies, qui salissent nos aliments, et tous les objets qu'ils touchent! Que faisons-nous contre les mouches? Rien, et toujours rien.
Un cours d'eau, à son origine, c'est une eau limpide, délicieuse, vierge de toute souillure. Elle a filtré à travers les rochers et les terres. C'est un liquide bienfaisant, pur, immaculé. Mais, à quelques lieues plus bas, déjà le ruisseau commence à se souiller par les immondices humains, et il s'infecte de plus en plus à mesure qu'il chemine, si bien que, loin de leur source, les grands et larges fleuves, à leur embouchure, ne sont plus qu'une boue putride où fourmillent les microbes les plus offensifs. Nulle précaution n'est prise pour assurer la pureté des rivières. Où plutôt--car il faut être juste--on y déverse pieusement les égouts des grandes villes pour les rendre hors d'état d'être potables.
Rien n'est plus singulier qu'un traité d'hygiène moderne. Données scientifiques multiples, indications précieuses, formelles. Et puis, comme conséquences pratiques, le néant.
L'homme traite sa santé beaucoup plus dédaigneusement que celle de ses lapins et de ses poules. Ses guerres l'ont tellement passionné, qu'il ne pense qu'à piller ou à tuer ses voisins. Peu lui importe que les maladies--qu'il pourrait éviter--le prennent à la gorge! Il n'en a cure... La guerre est l'essentiel, ou pour vrai dire, c'est l'unique... le reste n'est qu'accessoire.
Souvent, sur les rives exquises de la Méditerranée, on voit un malheureux joueur, qui, d'un œil vitreux, encore avide, suit les évolutions d'une petite boule qui se démène entre les cases. Il tousse sans relâche. A peine peut-il se tenir debout. Ses poumons sont détruits; la fièvre le dévore; une écume rouge monte à ses lèvres. Il tremble de froid, malgré le soleil. Il n'a plus qu'un souffle, et demain ce faible souffle aura cessé. Pourtant il est là, anxieux: il joue, il espère.
Nos sociétés humaines sont comme cet agonisant. Elles jouent le terrible jeu de la guerre, alors que des vices et des lèpres les gangrènent, syphilis, alcoolisme, tuberculose, malaria, diphtérie, cancer!!...
Jamais nos civilisations n'ont songé à interrompre leurs transports belliqueux pour essayer de guérir leurs plaies. Elles ne veulent pas guérir. Elles veulent se battre!
Et voilà pourquoi l'espèce humaine est mille fois plus stupide que la plus stupide espèce animale.
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