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Le présent chapitre est essentiel entre tous à qui veut se représenter dans ses nuances infinies la délicate et fine nature de Sir Thomas More. Lui qui doit se montrer bientôt si original envers la mort, le fut certainement plus encore au cours des événements qui l’acheminèrent lentement jusqu’à cette fin sanglante. En se rendant au supplice, le saint évêque Fisher demanda sa fourrure. Il ne voulait pas s’enrhumer en route. Ainsi de More pendant cette marche au martyre qui dura pendant des années. Il mesure, il compte chacun de ses pas. Il s’arrête et revient parfois en arrière, non pour se dérober à la souffrance, mais pour suivre l’inflexible et subtile délicatesse d’une conscience qui veut tout ensemble se rendre à la première sommation du devoir, et aller jusqu’à l’extrême limite des concessions légitimes. Aucune illusion, aucune épouvante. Il sait où on le conduit et cette mort longtemps probable, puis certaine, il l’a acceptée. Mais, en même temps, aucun entraînement, aucune hâte. Le politique mettra tout en œuvre pour reculer l’issue fatale, l’avocat luttera de tout son génie professionnel pour plaider sa propre cause, comme il eût fait jadis pour un de ses clients. Ni son esprit ni sa volonté n’hésitent, notre admiration l’accompagne sans une minute d’angoisse, et pourtant, lui si fier et indépendant quand il obéit, ne paraît jamais plus soumis, plus conciliant que lorsqu’il résiste. Pour trouver un exemple analogue de générosité dans la prudence, il nous faut peut-être venir jusqu’à la conversion de Newman. Des deux côtés même lenteur, même refus constant de brûler les étapes, même claire intelligence de la complexité des problèmes, et aussi même crainte d’influencer les autres par la contagion d’un sacrifice que Dieu seul a droit d’imposer. Par là, ces deux hommes rares se distinguent également de la foule, chez qui tant de lenteur ne va pas d’ordinaire sans un soupçon de faiblesse et de crainte. Au lieu du large et droit chemin où notre imagination a pris l’habitude de voir marcher allègrement les héros de tous les devoirs, eux passent par des sentiers sinueux que chacun doit se frayer à soi-même et où deux hommes ne peuvent aller de front. Sotte question d’ailleurs que de chercher, du grand chemin ou du sentier, quelle est la route meilleure. Toute route est bonne qui mène au martyre. L’essentiel est de s’abandonner aux inspirations de la grâce. On peut être sûr d’avance, et l’histoire de More le montre une fois de plus, que cette grâce, en sa divine richesse, s’accommode merveilleusement à l’originalité de chacun.

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