Le Curé, (dans cette église de Paris que je sais), après qu’il a chanté le _Credo_, quand il dit: _Dominus vobiscum_,

Se retourne vers l’assistance qui est de femmes et d’enfants et il y a encore pas mal d’hommes,

Tout cela tout de même qui est là pour dire la messe avec lui et qui est son petit troupeau.

L’un fait semblant de lire dans un livre et l’autre est bien embarrassé de son chapeau.

Ce n’est pas que ce soit intéressant, et ce n’est pas positivement que l’on s’ennuie,

Chacun sait simplement qu’on est là pour attendre que ce soit fini,

Et regarde vaguement le prêtre à l’autel qui trafique on ne sait pas trop quoi.

«Le Seigneur est avec vous, mes frères! Mes frères, êtes-vous avec moi?

Ce n’est pas seulement la patène, ce n’est pas seulement le calice avec le vin,

C’est toi, mon petit peuple, tout entier, que je voudrais tenir et soulever entre mes mains,

Ces mains, indigne que je suis, dont il est dit qu’elles sont saintes et vénérables!

Voici le plateau qu’on tend, n’as-tu rien que ce sou misérable,

Cette pièce sans nom sous la crasse à m’offrir, et le seul porte-monnaie qui s’ouvre?

Rien de plus? quoi, n’y a-t-il personne ici qui souffre?

Vraiment, quand je me retourne vers vous, ô mes frères et mes sœurs,

Il n’y a pas d’affligés parmi vous? c’est vrai, il n’y a pas de péché et pas de douleur?

Point de mère qui ait perdu son enfant? pas de failli sans que ce soit sa faute?

Point de jeune fille que son fiancé a lâchée parce que le frère a mangé sa dot?

Point de malade que le médecin a jugé et qui sait qu’il n’y a plus d’espoir?

Pourquoi donc frustrer votre Dieu de ce qui est son propre et son avoir?

Vos larmes et votre foi, votre sang avec le sien dans le calice,

C’est cela comme le vin et l’eau qui est la matière de Son sacrifice!

C’est cela qui rachète le monde avec Lui, c’est cela dont Il a soif et faim,

Ces larmes, comme de l’argent jeté à l’eau, grand Dieu, tant de souffrances en vain!

Ayez pitié de Lui qui n’a eu que trente-trois ans à souffrir!

Joignez votre Passion à la sienne puisqu’on ne peut qu’une fois mourir!

Et ne l’entendez-vous pas tout bas qui vous parle et qui vous dit:

«_Præbe mihi cor tuum._ Donne-moi ton cœur, ô mon fils!»