Le pain et le vin sont ces choses que le prêtre avec une profonde gravité
Présente l’une après l’autre à Dieu en lui disant: _Accipe._
Ce pain que Vous nous avez donné à manger, ce vin que Vous nous proposez à boire,
A notre tour, les ayant goûtés, nous vous en offrons votre part,
Connaissant que par eux entre nous la communion est possible.
--J’ai quitté le pays de mes pères et je sais que c’est ici Salem comme dans la Bible!
Je vois l’autel et le feu, et ce grand linge entre Dieu et moi, et sont postés
Des gardes, je le sens, derrière nous pour nous défendre comme avec des épées tirées!
Tel Élie sur le Carmel autrefois, et le peuple meurt de soif depuis sept ans, mais lui,
La tête entre ses genoux, déjà entend le son immense de la pluie!--
Ces choses que Vous avez faites, Vous estimez qu’elles ne sont pas à Vous, tant que nous ne sommes pas là pour les donner à Votre Fils!
Et tout de même ce serait difficile à nous de les lâcher, si Vous n’aviez en nous ce cœur de chair qui est Votre complice.
Le pain et le vin, nous savons ce que cela veut dire!
Ce n’est pas pour rien que Vous avez créé l’homme capable de mourir!
Il y a une voix en lui comme la mort et cela qui en lui tressaille et qui parle plus haut que l’avarice et le plaisir:
C’est l’idée qu’on a besoin de lui, et qu’on le veut, et qu’il y a donc quelque chose à faire de lui, et il y a quelqu’un qui est capable de lui demander son être!
Ça, il n’y a pas un fils de la femme qui ne le comprenne, et c’est beau, et c’est cela même sans doute jadis qui l’a obligé à naître!
Celui qui se croît maître de lui-même c’est qu’il n’a jamais entendu l’appel terrible de la Patrie!
Tous ces gens qui Vous refusent la foi, Seigneur, si Vous essayiez de leur demander la vie?
Bien que, notre volonté étant courte, et notre intelligence petite,
Ne me laissez pas d’issue, et si c’est vrai que Vous avez de moi urgence, prenez-moi vite!
--Mais est-ce vraiment un sacrifice? est-ce là ce que Vous appelez Votre exigence, Seigneur?
Et si vraiment Vous êtes mon ennemi, quelle est cette mortelle douceur?
Ainsi la femme qui croit avoir un grief contre celui qu’elle aime sans le savoir,
Et qui sous son petit front borné, maints jours et mainte nuit longue et noire,
A préparé sa vengeance et ses reproches en rangs bien ordonnés,
Si tout à coup celui-là qui est le seul pour elle vient à se présenter,
Ah, qu’il n’aille pas lui mettre les deux mains à cette place où est son cœur,
De peur qu’il ne s’arrête de battre et qu’elle ne reconnaisse son seigneur,
Et qu’il ne voie, au lieu de ce juge qu’elle avait composé et de cette contenance sévère,
Sa tête peu à peu qui se rend et sa main qui peu à peu qui se desserre!