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--Je comprends, dis-je, que votre Jeanne ait eu un haut-le-cœur!
--Quelle honte! fit Mme Thury. Et Mme Ragut! J’aime mieux n’en pas parler! Je crois qu’ils font un ménage assorti.
--Oui, madame, dis-je, «un gentil p’tit ménage», pour parler comme Mme Ragut.
Quand Mme Thury m’eut quitté, je pris un plaisir, qui n’était point exempt de toute malice, à me remémorer les phrases émues par lesquelles le citoyen Ragut célébrait les «saintes ivresses de l’amour», les douces félicités de la vie conjugale. Je l’entendais s’écriant, avec un tremblement dans la voix: «Ah! je la salue, la cité d’amour où nous nous embrasserons sur les ruines des superstitions gothiques!» En attendant que fût bâtie sa fameuse cité, où nous devons tant nous amuser par-dessus les ruines des superstitions gothiques, voilà mon Ragut qui pourchassait les cuisinières jusque vers leurs fourneaux! Il devait dégoûter son ombre, ce vieux sacristain du temple de Vénus!
Peut-être ne devrais-je pas dire ces choses. Peut-être devrais-je couvrir de silence cette dégradation d’un prêtre, mais ce petit fait qui est venu s’agglutiner à mon récit n’est-il point pour affermir en moi cette conviction: le prêtre qui dépose sa chasteté dans un coin et court à la mairie pour offrir ses épaules à un fardeau aussi lourd que l’autre, je veux dire pour jurer fidélité éternelle à une femme, commet un acte inconsidéré et qui n’est pas loin d’être grotesque. Et par quel prodige, je vous le demande, Ragut eût-il respecté le contrat de fidélité du mariage, lorsqu’il l’a jugé encombrant, lui qui, d’un si beau geste, déchira le pacte de chasteté passé devant l’évêque, avec, au bas, la signature de Dieu? Une autre considération m’incite à ne pas me taire. La vue d’un spectacle ignominieux est souvent un réconfort. J’ai lu que les Spartiates--à moins que ce ne soient d’autres--enivraient des individus et les lâchaient par la ville pour que les jeunes gens pussent ainsi contempler la déformation, la disgrâce que le vice crée dans la personne humaine et fussent détournés de l’ivrognerie. Aux heures troubles où, sentant la misère de notre volonté, nous regardons le mal en face pour que le dégoût nous pénètre et stimule notre bravoure en détresse, Ragut, pour nous chrétiens, est le Spartiate ivre qui titube au bord du ruisseau. Et quelle plus forte leçon et quelle meilleure école de dégoût que le spectacle d’un prêtre pris de luxure, et qui roule?
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