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dernière, n’y tenant plus, j’ai écrit à M. Octave Ferrandière qui, vous le savez, est rentré à Paris, il y a quinze jours. Ce jeune homme m’a répondu. J’ai reçu sa lettre ce matin. Elle me dit que Maximilien vient d’être victime d’un accident de bicyclette sans gravité, qu’il est alité depuis quelques jours, et il cherche à me rassurer. Monsieur le curé, je suis sûre qu’on me cache la vérité: on veut me préparer à une mauvaise nouvelle. Mon fils est malade. Il a peut-être voulu se suicider. Ah! que je suis malheureuse! Que je souffre!

Et Mme Thury, qui, depuis quelques minutes, se contenait visiblement pour ne pas pleurer, éclata en sanglots.

Je tentai de calmer ses inquiétudes, mais ce fut en vain.

--Ah! monsieur le curé, s’écria-t-elle, comment voulez-vous que je ne sois pas dans l’angoisse? Vous savez en quelle compagnie Maximilien a quitté Romenay. Le pauvre enfant n’a peut-être pas tardé à comprendre l’énormité de la faute qu’il venait de commettre, et qu’un pareil scandale ne pouvait que m’affliger. Le remords, la honte, le désespoir le pousseront au suicide, si déjà...

--Mais, madame, dis-je, que n’écrivez-vous à M. Maximilien pour lui dire vos transes! Il vous aime, il reviendrait.

--Ah! monsieur le curé, fit Mme Thury, j’y ai bien souvent songé, mais je n’ai pas réussi à le retenir lorsqu’il était ici, j’échouerais encore en lui demandant de revenir! J’ai pensé à venir vous trouver, monsieur le curé. Je sais que vous avez gardé une grande autorité sur M. Octave Ferrandière. Je vous en supplie, conjurez-le de veiller sur mon pauvre Maximilien, de le soutenir, de le réconforter, de lui donner le conseil de rompre sa liaison avec cette malheureuse femme. Oh! monsieur le curé, quelle reconnaissance je vous devrais! M. Octave Ferrandière vous dirait la vérité qu’il n’a sans doute pas osé me faire connaître, par charité ou par... convenance. Ce jeune homme est bon. Qu’il me garde mon fils, qu’il me le rende!

Mme Thury prononça ces dernières paroles d’une voix où passait toute l’anxieuse tendresse d’une mère et elle fixait sur moi des yeux suppliants, comme si le salut de son fils dût sortir de ma réponse.

--Madame, dis-je, après un court instant de silence, je ne veux point intervenir auprès de M. Octave Ferrandière pour lui demander ce service, mais je sais quel devoir m’incombe et je n’y faillirai point. Dans deux jours, je serai à Paris, et je prends l’engagement,--vous voudrez bien retenir cette parole,--je prends l’engagement de vous ramener M. Maximilien.

Mme Thury se leva brusquement du fauteuil où elle était assise. Elle s’avança vers moi, la main tendue et, souriante au milieu de ses larmes:

--Monsieur le curé, s’écria-t-elle, vous êtes un saint!

--Oh! madame, dis-je gaiement, ne me canonisez pas si vite! L’Église ne confirmerait pas votre sentence et vous seriez embarrassée de mes reliques! Après-demain, je serai à Paris. J’écrirai ce soir à M. Octave Ferrandière pour le prévenir de mon arrivée, et dans huit jours vous reverrez monsieur votre fils: je vous répète que je m’y engage.

--Oh! monsieur le curé! vous êtes... je ne sais... je ne pourrai jamais vous remercier!

--Madame, dis-je, la meilleure manière de me remercier, c’est de ne jamais me parler de remerciements. Je n’y ai pas droit.

La sérénité était revenue sur le visage de Mme Thury. Elle voulait savoir comment j’agirais auprès de son fils, avec quelles paroles je l’aborderais. Je me contentais de répondre: «Madame, je m’engage à vous ramener M. Maximilien», et j’interrompais toutes les phrases de gratitude qu’elle tentait de me prodiguer.

Avant de me quitter, Mme Thury crut devoir s’excuser, auprès de moi, d’avoir reçu, sous son toit, le ménage Ragut.

--Oh! madame, dis-je, vous avez plus souffert que moi de leur présence et vous l’avez vu déguerpir avec encore plus de satisfaction que moi. Vous ne devez pas vous excuser d’avoir hébergé ce joli couple!

--Je vois, fit Mme Thury, que vous estimez ces gens-là à leur prix. Et si vous saviez tout, monsieur le curé, si vous saviez tout! Mais il y a des choses que je ne puis pas vous dire!

Les personnes du sexe ont l’habitude de s’exprimer ainsi quand elles brûlent de vous conter quelque fait piquant. J’insistai donc pour savoir tout. Mme Thury ne se laissa pas trop longtemps prier.

--Eh bien, dit la femme de M. le maire, ce monsieur Ragut est un polisson.

--Vous ne m’apprenez point une nouvelle, madame.

--Figurez-vous, monsieur le curé, dit Mme Thury, qu’il s’est conduit chez moi d’une façon inqualifiable! Un jour que j’entrais dans ma cuisine, j’ai surpris M. Ragut... mais je n’ose pas, monsieur le curé...

--Parlez, madame, rien ne m’étonne.

--Oui, reprit Mme Thury, j’ai surpris M. Ragut dans ma cuisine, qui courtisait Jeanne ma bonne, et la pauvre fille se défendait de son mieux! Il a rougi, il a balbutié des explications embarrassées et il est

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