Quand nous fûmes seuls, Samuel me dit d'un air de confidence:

«Le four chauffe.

--Quel four?

--Le four où nous serons cuits nous-mêmes, si nous n'y faisons pas cuire Alexandre.»

Cette nouvelle ne me fit pas grand plaisir: je ne voulais aucun mal à Alexandre qui m'avait longtemps traité en ami. Je pensais tout au fond de moi-même: Que dirait de moi mon maître de logique Aristote, le plus savant homme du temps présent et peut-être des temps à venir, s'il me voyait hasarder ma fortune et ma vie de concert avec une vieille sorcière, un vieux grand prêtre chaldéen et Samuel le Juif, pour asseoir un barbare sur le trône de Babylone?

Pendant que je faisais ces réflexions, nous entrâmes dans le temple de Baal, et, par un corridor secret pratiqué dans l'épaisseur du mur, nous fûmes introduits dans la chambre du grand prêtre, où je vis avec étonnement Pendragon assis en face d'Amalec. Derrière celui-ci s'ouvrait dans l'ombre une fenêtre grillée, et derrière la grille brillaient à travers un voile deux grands yeux noirs. Je n'eus pas de peine à deviner que ces yeux étaient ceux de la belle Drangiane.

Je m'inclinai respectueusement devant le grand prêtre et devant le fier Pendragon.

Amalec me tendit une lettre et dit:

«Toi, Sosiclès, qui as été si longtemps le secrétaire d'Alexandre, que signifie l'ordre que Pendragon a reçu hier dans la soirée?»

Je lus ces mots écrits de la main même d'Alexandre:

«Ami Pendragon, demain à la sixième heure du jour, tu partiras de Babylone pour m'attendre au camp d'Héphestion, où j'arriverai trois heures plus tard. N'emmène avec toi que trois ou quatre hommes d'escorte. Le reste des Enfants perdus gardera la ville, de peur qu'il ne s'y produise quelque désordre à mon entrée.

«Tu remettras avant de partir le commandement provisoire à l'argyraspide Argatiphontidas.

«Il est juste que le peuple de Babylone sache tout ce que je dois à ton courage, et que tu es le plus nouveau, mais non le moins cher de mes amis. Je compte t'en donner demain une marque éclatante.

«ALEXANDRE, roi.»

Je tournai la lettre d'un air indécis.

«Eh bien, demanda le Chaldéen, qu'en penses-tu, Sosiclès?

--Je pense, par Jupiter! que le compliment est assez aimable, mais que cet ordre de venir le rejoindre sans escorte n'est pas très rassurant; si le roi, qui ne voit que par les yeux d'Héphestion, venait à le croire...; s'il attendait Pendragon pour le faire assassiner loin de ses soldats qui le défendraient sans doute; si....»

Amalec se tourna vers le Gaulois:

«Eh bien, dit-il, vous voyez... Sosiclès, qui n'était averti de rien, a justement les mêmes défiances que Samuel et que moi.

--Il n'oserait pas! répondit le Gaulois. Suis-je un enfant qu'on effraye avec des contes? Si Alexandre veut me voir face à face, le sabre à la main, je suis son homme.»

Amalec me tendit une seconde lettre en me chargeant de la lire. Celle-là était adressée à l'argyraspide Argatiphontidas, successeur désigné du Gaulois dans le commandement des Enfants perdus, et contenait deux billets, l'un de la main d'Alexandre, l'autre de l'écriture d'Héphestion et glissé sans doute après coup et à l'insu du roi dans la même enveloppe.

Voici le premier:

«Argatiphontidas, aussitôt cette lettre reçue, tu prendras le commandement des Enfants perdus et tu défendras sous peine de mort qu'aucun d'eux, excepté les quatre qu'il aura désignés lui-même, ose quitter son poste pour suivre Pendragon et venir au-devant de moi.

«Tu l'entends!... sous peine de mort!

«ALEXANDRE, roi.»

Le billet d'Héphestion était plus expressif et plus menaçant encore.

«Héphestion à son ami Argatiphontidas, salut.

«Je t'écris ceci à l'insu d'Alexandre, qui ne veut pas croire au danger. Des scélérats ont formé le projet de l'assassiner. Le plus dangereux et le plus criminel de tous est cet infâme Gaulois qui commande la troupe des Enfants perdus. Alexandre, trop grand et trop généreux pour croire à la trahison, s'est borné à le mander près de lui sous un prétexte. Il lui pardonnera, sans même avoir montré ses soupçons, et ce misérable Gaulois l'assassinera quelque jour.

«Que deviendrons-nous alors, nous tous Macédoniens, enfoncés au centre de l'Asie, si le meilleur des amis et le plus grand des rois vient à nous manquer?

«Argatiphontidas, c'est à toi, c'est à moi, c'est à tous les serviteurs fidèles, à tous les amis d'Alexandre qu'il convient de le sauver, fût-ce malgré lui... Il faudrait, si c'est possible, aussitôt cette lettre reçue, faire naître une querelle avant le départ de Pendragon.

«Comme le Gaulois est sans défiance à cause de l'amitié que lui montre Alexandre, il ne sera pas sur ses gardes. En l'attaquant par derrière dans quelque corridor obscur du temple de Baal et loin de sa troupe, on peut le tuer aisément; au besoin, si le meurtre n'a pas eu d'autres témoins que ceux qui l'auront commis, on pourra dire qu'il a été assassiné par les Chaldéens... Alexandre le croira ou fera semblant de le croire. En temps de guerre et dans une si grande ville on n'y regarde pas de si près... Quant à nous tous, Macédoniens, nous serons bien débarrassés.

«Pour ma part, Argatiphontidas, je te promets, si tu réussis (tu sais mon crédit auprès d'Alexandre), le gouvernement de la province de Médie, où se trouve le trésor d'Ecbatane, qui est, après ceux de Suze et de Babylone, le plus riche de l'Asie. Pour moi, je me réserve le gouvernement de Babylone et la belle Drangiane en mariage. Je les ai déjà demandés par lettres au roi, qui m'a juré par le Styx que j'aurais l'une et l'autre.

«Argatiphontidas, souviens-toi. La Médie et la tête de Pendragon, ou rien. Choisis.

«HÉPHESTION.»

«Eh bien, Sosiclès? reprit Amalec. La trahison est-elle assez complète? Est-il assez scélérat, cet Héphestion, qui ordonne l'assassinat pour se venger d'avoir été vaincu, et qui veut m'enlever ma fille!

--Mais de qui tenez-vous ces lettres?

--De moi, dit modestement Samuel.

--Comment! c'est toi?

--Oui, c'est moi, répliqua Samuel en riant. C'est moi qui veille ici pour tout le monde, et surtout pour ce Pendragon, fils d'Astarac, qui ne sait rien prévoir et qui se croit au-dessus de tout... Je ne suis au-dessus de rien, ni de personne, moi, et c'est pourquoi je veille constamment sur mon bien et quelquefois sur celui des autres. Je n'aime pas à risquer mon argent au hasard et pour des gens sans cervelle. J'ai donc voulu m'assurer de ce qui se passait au camp d'Héphestion.»

Je m'écriai stupéfait:

«Tu as eu le courage d'y retourner?

--Pas tout à fait, dit Samuel. J'y ai envoyé un de mes commis, mon neveu, un jeune homme de grande espérance. Il est donc allé là-bas. Il a fait des offres de service à Héphestion et à tous ses officiers. Il leur a vendu du vin, des colliers, des tuniques, des sabres, des brodequins, des bestiaux, de la volaille, tout ce qui se vend et qui s'achète en ce monde; il leur a même prêté de l'argent sur la solde et sur le pillage de Babylone, qu'on dit qu'Alexandre leur permettra pour un jour... Enfin, il est devenu leur ami et leur confident. Et alors il a tiré d'Héphestion de telles confidences que ce Macédonien perfide, mais imprudent, lui a remis ses lettres, avec ordre de les donner en main propre à Argatiphontidas.

«C'est ce qu'il va faire tout à l'heure après me les avoir remises d'abord, comme c'était son devoir. De mon côté, je viens de les montrer au seigneur Amalec et au seigneur Pendragon, pour qu'ils voient ce qu'il faut faire.»

L'impétueux Pendragon se leva.

«Si je croyais qu'Alexandre eût dessein de récompenser ainsi mes services, par Teutatès! le dieu du tonnerre, j'irais le chercher là-bas sur son trône, au milieu de ses gardes, et je lui ferais voler la tête d'un coup de mon cimeterre!

--Mauvaise affaire! dit Samuel.

--Comment! mauvaise affaire? J'en ai mis par terre d'autres qui le valaient bien!

--Mauvaise! très mauvaise! répliqua le Juif. En toute chose il faut considérer la fin, seigneur Pendragon. Vous viendriez à bout d'Alexandre, je le crois, et d'Héphestion, et de Perdiccas, et de quelques autres; mais tous les Macédoniens tomberaient sur vous à la fois et vous seriez accablé sous le nombre. Ce n'est pas tout d'être brave, seigneur, il ne faut pas se faire tuer comme un sot.

--Comme un sot! répéta Pendragon en rougissant de colère.

--Ou comme un héros, si vous voulez, mais comme un héros sans cervelle...»

Et pendant que le Gaulois donnait des signes d'impatience:

«Ah! tenez, continua le Juif, j'ai bien le droit de parler, car, si vous jouez dans l'affaire votre vie à laquelle vous ne tenez guère, je vais y jouer, moi, ma vie à laquelle je tiens beaucoup et mon argent auquel je tiens peut-être davantage. Qu'en penses-tu, Sosiclès?»

Je fis signe que j'étais du même avis.

Alors Amalec prit la parole:

«Je suis d'avis, dit-il, que Pendragon demeure à Babylone, au milieu de sa troupe, sous le premier prétexte venu,--celui-ci, par exemple, qu'il n'a pas reçu l'ordre du roi, que le messager a été assassiné... Nous ferons cacher dans le temple de Baal (où personne, excepté avec ma permission, ne peut pénétrer sans sacrilège) le neveu de Samuel, qui nous a remis ces lettres... En temps de guerre, un messager peut disparaître sans qu'on s'en étonne beaucoup... Ici, au milieu de sa troupe qui lui est dévouée, et du peuple de Babylone qui déteste les Macédoniens, Pendragon sera en sûreté. Si le roi osait le faire arrêter, en une heure j'aurais fait battre tous les tambours, sonner les trompettes et fermer les rues avec des barricades. Le temple de Baal à lui seul est une forteresse à deux enceintes, dont chacune a trente pieds d'épaisseur. Et l'on verra revenir les jours glorieux d'Assur et de son peuple! Combien Alexandre mène-t-il d'hommes avec lui? Quinze mille, vingt mille au plus, car il a dû laisser des garnisons dans toutes les grandes villes. Qu'est-ce que vingt mille hommes contre une cité qui contient deux millions d'habitants et qui, depuis douze cents ans, est la capitale de l'Asie?»

Le Gaulois réfléchit un instant et dit:

«Je vous remercie, Amalec; mais je ne veux ni fuir le danger, ni manquer à mon serment. Alexandre m'a traité jusqu'ici en ami. J'attendrai pour le traiter en ennemi qu'il ait frappé le premier coup.

--Vous allez vous livrer à lui? demanda le Chaldéen.

--Je vais au-devant de lui, sur sa demande.

--Et vous allez remettre le commandement à cet Argatiphontidas qui vous déteste à cause de l'affront que vous lui avez fait la veille de la bataille d'Arbèles?

--Je le remettrai.

--Et vous lui donnerez la lettre d'Héphestion?

--Je la lui donnerai.

--Il vous fera assassiner!

--Je l'en défie!»

Une voix suppliante traversa la fenêtre grillée derrière laquelle se tenait voilée la fille d'Amalec.

«Par pitié, Pendragon!

--Rassurez-vous, Drangiane! s'écria le Gaulois. Je vivrai et je vaincrai, je vous le jure!»

Puis, se tournant vers moi:

«Viens, Sosiclès, je veux que tu voies comment on agit dans mon pays!»

Il me conduisit sous le vestibule du temple de Baal et fit appeler par un esclave les quatre frères Bull, qu'il fit ranger aux deux côtés de la porte, le sabre en main; après eux, il fit venir son lieutenant Argatiphontidas.

L'autre accourut avec empressement. C'était un grand homme fort, robuste et dur, fait comme un athlète, et d'une figure qui ne prévenait pas en sa faveur.

«Argatiphontidas, dit le Gaulois, tu vas prendre le commandement de la troupe.

--Ah! dit l'autre, étonné.

--C'est l'ordre du roi.

--Ah! seigneur Pendragon!... Et vous?...

--Moi, je vais partir seul. Voici l'ordre.»

En même temps il lui remit la lettre d'Alexandre et celle d'Héphestion, scellées du sceau royal que j'avais conservé en quittant l'armée macédonienne.

Argatiphontidas lut le billet d'Alexandre et parut d'abord un peu surpris.

«C'est bien l'ordre de prendre pour aujourd'hui le commandement des Enfants perdus? demanda Pendragon.

--Oui, seigneur», répondit l'autre.

Ensuite il lut la lettre d'Héphestion. Cette fois l'émotion fut plus vive. Il fut vraiment troublé. Je vis qu'il regardait à la dérobée le Gaulois, qui, sans paraître se douter de ce manège, sifflait et regardait l'horizon.

Enfin, comme Argatiphontidas allait descendre l'escalier du vestibule, Pendragon se tourna vers lui et demanda négligemment:

«Est-ce que la lettre du roi était seule?

--Non, non, pas tout à fait, répondit Argatiphontidas avec embarras.

--Quelqu'un t'a écrit?

--Oui.

--Qui est-ce?

--Héphestion.»

Toutes ces questions furent faites d'un ton si bref et si impérieux que l'argyraspide n'osa pas nier, comme il en avait sans doute bonne envie.

Pendragon se mit à rire.

«Ah! ah! dit-il, te voilà un grand seigneur maintenant et un favori des dieux! Tu es en correspondance avec Héphestion, le plus intime ami d'Alexandre. Avant peu tu seras roi, Argatiphontidas, c'est moi qui te le prédis.»

L'argyraspide, blessé de cette plaisanterie, lui répliqua:

«Plus tôt peut-être que vous ne croyez, seigneur Pendragon.

--Qu'est-ce qu'il t'écrit, ton ami Héphestion?

--Il m'invite à une partie de chasse avec le roi,» dit Argatiphontidas.

Et pour se délivrer d'un pénible interrogatoire, il voulut sortir de l'enceinte du temple; mais le Gaulois, d'une voix retentissante, commanda:

«Les quatre frères Bull! Si cet homme essaye de sortir sans ma permission, tuez-le!»

Argatiphontidas pâlit et s'écria:

«Seigneur Pendragon, à quoi pensez-vous?

--Remets-moi la lettre d'Héphestion!» dit le Gaulois.

L'autre obéit.

«Maintenant, continua Pendragon, tu vois que je suis averti de tout. Je sais quel ordre le traître Héphestion t'avait donné. Je sais que tu allais l'exécuter...

--Ah! seigneur, pouvez-vous croire? s'écria l'argyraspide suppliant et qui n'attendait plus que la mort.

--Pourquoi ne m'as-tu pas averti de l'ordre d'Héphestion?... Je pourrais te faire coudre dans un sac et jeter à l'Euphrate comme un traître; mais je veux bien t'épargner, à condition que tu restes ici prisonnier des Enfants perdus jusqu'à l'arrivée d'Alexandre. S'il te fait grâce, moi je t'épargnerai volontiers... Quant à celui qui t'a donné l'ordre de m'assassiner, c'est une affaire qui se videra tôt ou tard entre lui et moi... Toi, ne bouge avant mon retour à Babylone, si tu ne veux être pendu!»

Alors Pendragon fit sonner de la trompette et réunir toute sa troupe. Il la passa en revue comme pour la parade et dit à haute voix:

«Camarades, l'ordre d'Alexandre est que vous restiez ici, et que je laisse pour un jour le commandement à Argatiphontidas...»

Il y eut un murmure d'étonnement. Pourquoi donc ces braves soldats, l'élite de l'armée, n'avaient-ils pas leur part du triomphe d'Alexandre?...

«Et toi? crièrent-ils. Est-ce que tu nous quittes?

--C'est Alexandre qui le veut.»

Nouveau murmure d'étonnement. Je vis que des bruits sourds s'étaient déjà répandus sur le danger que courait le Gaulois, et je soupçonnai le vieil Amalec d'en être cause.

Un des cavaliers éleva la voix et dit:

«Tu es à nous comme nous sommes à toi, Pendragon. Si quelqu'un touche un cheveu de ta tête, quel qu'il soit, fût-il le plus grand après Alexandre, celui-là sera passé au fil de l'épée.»

Tous s'écrièrent:

«Oui! oui! nous le jurons! vive à jamais Pendragon l'invincible!»

Le Gaulois fit signe de la main; aussitôt le silence se rétablit.

Alors il lut tout haut les deux ordres d'Alexandre: d'abord celui qu'il avait reçu, lui, et ensuite celui qui était destiné à son successeur Argatiphontidas. Le second, qui marquait la défiance d'Alexandre, fut reçu avec des grognements et presque avec des huées. Mais quand il fit lire la lettre d'Héphestion qui commandait de l'assassiner, l'indignation fut telle, que le malheureux Argatiphontidas faillit être sabré sur-le-champ.

Il n'échappa à la mort qu'en criant plus fort que les autres qu'Héphestion était un misérable, un assassin, digne de tous les supplices, qu'il le connaissait à peine, lui, Argatiphontidas, et qu'à la première rencontre il le percerait de sa lance pour le punir d'avoir osé lui proposer une infâme trahison.

Le Gaulois répliqua:

«Je te crois, Argatiphontidas. Je te laisse d'ailleurs sous la garde de nos camarades.

--Nous veillerons sur lui, dit un cavalier.

--Et sa vie nous répond de la tienne, ajouta son voisin.

--Nous te suivrons partout, crièrent tous les soldats.

--Restez, c'est l'ordre d'Alexandre! répliqua le Gaulois. Je n'emmène avec moi que quatre hommes d'escorte. Venez ici, les Bull!»

Les quatre frères calédoniens montèrent à cheval et se rangèrent deux par deux à sa droite et à sa gauche.

Quant au Gaulois, il était déjà monté à cheval sur l'admirable Nedjed qui bondissait d'impatience en l'attendant, et il allait donner l'ordre du départ, lorsqu'un messager secret d'Amalec l'obligea de mettre pied à terre et de rentrer dans le temple de Baal.

Presque en même temps Samuel s'approcha de moi et me dit:

«Prends un cheval, Sosiclès, et pars en avant. Si tu vois quelque danger, tu reviendras sur tes pas et avertiras Pendragon. Rien n'est plus aisé que de le tuer, tant il est confiant et hardi... Et s'il est tué, notre entreprise ne nous rapportera pas la vingtième partie d'une darique!»

Cette pensée me fit frémir.

Je montai donc à cheval, toujours déguisé sous des vêtements de prêtre chaldéen, enduit d'ocre et de bitume et coiffé de bandelettes sacrées (car qui sait quel traitement Alexandre m'aurait fait subir s'il avait pu reconnaître son ancien secrétaire parmi les assistants?), et je partis au grand trot pour devancer la foule et deviner, s'il était possible, les desseins du roi. Une sentinelle m'arrêta. Au bout d'une demi-heure, j'arrivai en vue de l'avant-garde macédonienne.