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Louise se trompait: Mme Vigier ne dormait pas. Elle était au chevet de son fils, les genoux sur une chaise basse, l’épaule appuyée contre le lit, son petit visage tendu vers Lucien.

--Réponds-moi! suppliait-elle. Réponds-moi!

Elle l’effrayait par le regard immobile de ses yeux sur lesquels les paupières ne battaient plus, et, quand, pour lui échapper, Lucien détournait la tête, il trouvait dans la grande glace, sa propre figure vraiment étrange, sinistre et belle.

La frange dorée, qui limitait de nouveau son front, descendait vers les sourcils, plus longue que d’habitude, les ombres de l’orbite avivaient la flamme bleue de l’iris, et la maigreur des joues rendait plus forte la bouche nue.

«Comment ne devine-t-elle pas?» pensait-il.

A présent, il lui semblait qu’on ne pouvait s’approcher de lui sans comprendre. Est-ce que Gertrude, elle-même, ne l’avait pas toisé, tout à l’heure, avec mépris?

--Que veux-tu que je te réponde? dit-il enfin. Il n’y a pas de cause précise... Ce n’est ni ta faute ni la faute de mon père. Ce n’est la faute de personne. J’étais découragé... Tu l’avais remarqué toi-même. Je doutais de moi, de mon talent, de ma pièce...

Mais Mme Vigier l’interrompit:

--Tu me mens, Lucien! s’écria-t-elle. Tu me mens!... Je viens de voir que tu mentais!

Elle s’était levée, et, sans que son regard quittât Lucien, elle reculait dans la chambre.

Il eut peur:

--Je te mens? Moi, je te mens?... Pourquoi dis-tu cela?...

Elle ne lui répondit pas. Ses doigts s’accrochaient à l’étoffe de sa robe, montaient, par saccades, vers sa poitrine.

A cet instant, Louise entra, tenant les roses de Marie. Elle les jeta au pied du lit, sur l’édredon, et courut vers sa mère qui chancelait, l’enveloppa de ses bras, et l’entraîna dans le corridor.

Lucien entendit un hoquet, puis des sanglots. Il aurait voulu, lui aussi, pleurer, crier, gémir...

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