LA FIN DE L’HISTOIRE.
Yago fut conduit devant le magistrat, et son identité fut établie le lendemain.
La vie d’Ambroise et celle de Silas cessèrent naturellement d’être en danger, du moins devant la justice humaine. Mais il fallait observer des délais légaux et des formalités légales, avant que les deux frères pussent être rendus à la liberté comme innocents du crime qui leur avait été imputé.
Pendant l’intervalle qui s’écoula jusque à ce moment, il se passa des faits qui doivent être brièvement mentionnés avant que nous mettions fin à notre récit.
M. Meadowcroft père, brisé par les chagrins qu’il venait d’endurer, mourut subitement d’une affection du cœur. Un codicille attaché à son testament justifia de reste ce que Naomi m’avait dit de l’influence de Mlle Meadowcroft sur son père, et sur le but qu’elle avait en vue, en exerçant cette influence. Une pension viagère était laissée aux deux fils Meadowcroft. La pleine propriété de la ferme était léguée à la fille sous la condition imposée par le testateur qu’elle épouserait l’excellent et cher ami de celui-ci, M. John Yago.
Armée du pouvoir dont l’investissait ce testament, l’héritière de la ferme envoya un insolent message à Naomi, pour lui signifier de ne plus se considérer comme faisant partie des habitants de la ferme. Mlle Meadowcroft, était-il dit dans ce message, refusait positivement de croire que Yago eût jamais demandé la main de Naomi, ni proféré contre celle-ci, en cas de refus, les menaces que je l’avais entendu proférer. Elle m’accusait, comme elle accusait Naomi, de m’efforcer bassement de faire perdre à Yago l’estime de la fille de son maître, par pure haine contre cet homme qui ne méritait pas une telle haine, et elle me signifiait, comme elle l’avait fait à Naomi, l’ordre formel d’avoir à quitter la ferme.
Ainsi bannis l’un et l’autre, nous nous rencontrâmes le même jour dans la salle, nos porte-manteaux de voyage à la main.
«Nous voici mis tous deux à la porte, ami Lefrank, dit Naomi avec un sourire gracieusement comique; vous allez retourner en Angleterre, je suppose; et moi il faut que je m’ingénie à gagner ma vie dans mon propre pays. Les femmes peuvent obtenir des emplois aux États-Unis, si elles ont quelque ami qui parle pour elles. Où trouverai-je quelqu’un qui puisse me procurer une place?»
Je vis que le moment était venu de parler à cœur ouvert.
«J’ai une place à vous offrir...» répondis-je.
Elle ne se doutait pas de ce que je voulais lui proposer.
«C’est bien heureux, monsieur, fut tout ce qu’elle me dit. Est-ce dans un bureau de télégraphe ou dans un magasin d’épiceries?»
J’étonnai beaucoup ma petite amie américaine en la prenant aussitôt dans mes bras et lui donnant mon premier baiser.
«La fonction à remplir est sous mon toit, le salaire, ce qu’il vous plaira de me demander; et la place, Naomi, si vous ne voyez pas d’objection, est la place de ma femme.»
Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est que des années se sont écoulées depuis que j’ai prononcé ces paroles, et que je suis toujours aussi épris que jamais de Naomi.
Quelques mois après notre mariage, Mme Lefrank écrivit à une amie, à Narrabee, pour avoir des nouvelles de la ferme. La réponse lui apprit que Ambroise et Silas avaient émigré dans la Nouvelle-Zélande, et que Mlle Meadowcroft vivait seule à la ferme de Morwick. Yago avait refusé de l’épouser. Yago avait de nouveau disparu et l’on ne savait où il était allé.
NOTE EN FORME DE CONCLUSION.
La première idée de cette petite histoire a été puisée par l’auteur dans le compte-rendu imprimé d’un procès criminel qui a réellement eu lieu aux États-Unis dans le commencement de ce siècle. La relation de cette étrange cause est intitulée: Jugement, aveux et condamnation de Jesse et de Stephen Boorn, accusés du meurtre de Russell Colvin, et retour de l’homme supposé assassiné, par l’honorable Léonard Sargeant, ex-lieutenant-gouverneur de Vermont. (Manchester Vermont, 1873). Il n’est pas inutile d’ajouter, pour la gouverne des lecteurs incrédules, que tous les _événements incroyables_ de mon histoire sont des faits réels empruntés à cette narration. Tout ce qui n’est que vraisemblable est, dans neuf cas sur dix, inventé par l’auteur.
TABLE DES MATIÈRES
LA MER GLACIALE.
SCÈNE PREMIÈRE.--La salle de bal 1 SCÈNE DEUXIÈME.--La hutte du Sea-Mew 31 SCÈNE TROISIÈME.--La montagne de glace 66 SCÈNE QUATRIÈME.--Le jardin 68 SCÈNE CINQUIÈME.--Le hangar à bateaux 88
LA FEMME DES RÊVES.
PREMIER RÉCIT.--Exposé des faits par Percy Fairbank 115 DEUXIÈME RÉCIT.--Histoire du garçon d’écurie racontée par lui-même 130 TROISIÈME RÉCIT.--Histoire de Francis Raven, continuée par Percy Fairbank 171 QUATRIÈME RÉCIT.--Exposé adressé par Joseph Rigobert à l’avocat qui le défendit lors de son jugement 183 Dernières lignes ajoutées par Percy Fairbank 194
LE SPECTRE D’YAGO.
I.--Le Malade 197 II.--Les nouvelles figures 202 III.--L’entrevue au clair de lune 210 IV.--Le bâton de hêtre 221 V.--Les nouvelles de Narrabee 227 VI.--Le four à chaux 235 VII.--Les éléments de la défense 241 VIII.--La confession 250 IX.--L’annonce 257 X.--Le sheriff et le gouverneur 263 XI.--Le caillou et la fenêtre 270 XII.--La fin de l’histoire 279 Note en forme de conclusion 281
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
Coulommiers.--Typog. Albert PONSOT et P. BRODARD.