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La mort de don Fernand semblait devoir rendre plus facile la ratification de la paix. Il avait été convenu entre les plénipotentiaires castillans et aragonais, et le roi de Navarre, qui avait accepté le rôle d’arbitre, que l’exécution de la principale clause patente du traité, c’est-à-dire la remise des places cédées réciproquement, aurait lieu le 20 août. Le 4 du même mois, on se réunit à Tudela en Navarre pour régler les dernières formalités. Là les Castillans, élevant des difficultés nouvelles, prétendirent ajourner la remise des places qui devaient être rendues au roi d’Aragon. On commença à craindre qu’ils n’eussent des instructions secrètes pour rompre le traité. L’armée castillanne, loin de se disperser, recevait chaque jour des renforts ; sur toute la frontière de Castille, on ne voyait que préparatifs de guerre ; enfin à Séville, où s’était rendu don Pèdre pendant les conférences de Tudela, on équipait avec activité une flotte formidable, à laquelle devaient se rallier dix galères envoyées par le roi de Portugal. Tout annonçait que don Pèdre réunissait ses forces pour une nouvelle campagne. Dans la triste situation de ses affaires, le roi d’Aragon ne pouvait se flatter qu’elle lui serait plus heureuse que les précédentes, à moins qu’il ne parvînt à diviser ses ennemis.
On sait que le roi de Navarre n’avait pris part à la guerre que contraint par une espèce de surprise. Il avait autant que l’Aragonais à redouter l’ambition de don Pèdre, et son intérêt manifeste était de s’opposer à l’agrandissement d’un si dangereux voisin. Mélange de timidité, d’avarice et de perfidie, le caractère du roi de Navarre se résume dans le surnom de _Charles-le-Mauvais_ que lui donnèrent ses contemporains et que la postérité a confirmé. Un petit prince n’existait alors qu’à force de ruse et de duplicité ; il méritait ainsi le renom de politique. Il s’agissait pour le roi d’Aragon d’acheter l’alliance de Charles, ou tout au moins sa neutralité. Ici commence une suite d’intrigues obscures, dans lesquelles Pierre IV, Charles et le comte de Trastamare luttent de fourberie, de défiance et de mauvaise foi. Une entrevue secrète fut proposée par Pierre IV au roi de Navarre, à l’instigation de don Henri, suivant Zurita, qui paraît avoir consulté sur ces négociations des documents perdus aujourd’hui.[442] Si don Henri donna le conseil, l’Aragonais ne se préoccupa d’abord que de ses propres intérêts. Les deux rois se virent le 25 août avec beaucoup de mystère dans le château de Uncastillo sur la limite de leurs états. Charles, combattu entre la cupidité et la crainte que lui inspirait la puissance de don Pèdre, après de longues hésitations, finit par promettre une alliance secrète, à condition qu’elle lui fût chèrement payée. Je rapporte d’après le consciencieux annaliste d’Aragon, qui malheureusement a négligé de faire connaître ses autorités, les principales conditions du pacte conclu entre les deux fourbes couronnés. D’abord une somme d’argent considérable, qui devait être comptée au Navarrais dans un délai de quatre mois ; plusieurs places importantes, remises entre ses mains, répondaient du paiement ; car quelle confiance pouvait-on avoir dans une promesse, quand on n’avait pas de gages pour la garantir ? Le roi d’Aragon s’engageait encore à lui donner des subsides pour solder ses troupes, même dans le cas où elles n’agiraient pas immédiatement contre la Castille. Enfin on stipula que si Charles, par quelque moyen que ce fût, parvenait à faire périr don Pèdre ou à le livrer au roi d’Aragon, ce dernier paierait la tête de son ennemi par un don de 200,000 florins, et la cession de la ville et du territoire de Jaca.[443]
On a déjà vu que dans toutes les transactions diplomatiques on cherchait à resserrer les ligues politiques par des mariages. Pierre IV demanda la main d’une sœur du roi de Navarre pour son fils ; le duc de Gerone, naguère fiancé à la fille de don Pèdre par le traité de Murviedro. En cas d’agression des Français, l’Aragon devait prendre
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