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Le retour prévu du prétendant allait encore augmenter l’agitation et l’anarchie de la Castille. A son arrivée dans le Languedoc, don Henri n’avait trouvé d’abord qu’une hospitalité froide et timidement accordée. Le duc d’Anjou, gouverneur de la province, lui avait fait tenir à la vérité quelques secours d’argent ; mais cette espèce d’aumône s’était faite en secret, et c’était avec peine que le roi fugitif avait obtenu la permission de voir le Duc et de conférer avec lui sur l’état des affaires en Castille. L’entrevue avait eu lieu avec une sorte de mystère, car la cour de France n’osait encore déclarer ouvertement ses sympathies, dans la crainte d’une rupture avec l’Angleterre. Cependant Charles V avait trop d’intérêt à soustraire l’Espagne à la domination anglaise pour abandonner complétement le prétendant de son choix. Bientôt on apprit le mécontentement du prince de Galles et le mauvais état de sa santé ; cette nouvelle rendit quelque hardiesse au roi de France. Il commença par donner une pension à don Henri, puis le comté de Cessenon, près de Béziers, pour lequel il reçut ouvertement son hommage.[612] Ce n’étaient encore que des secours dus à une grande infortune, un asile accordé à un homme qui avait autrefois servi la France. Mais en même temps don Henri recevait sous main des encouragements et des promesses. Retiré dans son nouveau domaine, il était à portée d’étudier commodément la situation de la Castille et de correspondre avec ses partisans secrets ou déclarés. De toutes parts lui arrivaient des rapports propres à entretenir ses espérances et à réchauffer son courage. On lui peignait le désordre général, l’indignation excitée par les nouvelles rigueurs de don Pèdre, le dénûment de ses ressources, le mécontentement des communes grevées de taxes nouvelles, enfin l’attitude hostile de quelques-uns des grands vassaux. D’un autre côté, plusieurs capitaines, anglais ou gascons, que don Henri avait eu l’art de s’attacher pendant qu’ils étaient à son service, l’avertissaient secrètement de la mésintelligence entre don Pèdre et le prince de Galles, et l’assuraient que ce dernier, accusant la mauvaise foi de son allié, déclarait hautement qu’il ne ferait dorénavant aucun effort pour le défendre.

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