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le même honneur à tous les vices.
Nous avons un tel fonds d’orgueil, que ce vice ne nous déplaît réellement que lorsqu’il est visiblement ridicule, ou lorsqu’il blesse nos propres prétentions. Quand il est fondé sur de grands succès, nous sommes naturellement portés à l’admirer; on diroit qu’il nous soulage: de là, tant de traits présomptueux rapportés par les historiens comme des traits héroïques, tant de réponses insolentes citées comme des mots sublimes.
L’antiquité païenne offre une multitude innombrable d’exemples de ce genre, mais la philosophie moderne a quelquefois poussé l’insolence plus loin encore, et souvent avec une inconséquence véritablement risible. Nous avons vu que J.-J. Rousseau, dans un élan de sincérité, s’écrie: qu’il ne _peut regarder un seul de ses livres sans frémir, parce qu’au lieu d’instruire, il empoisonne_, et qu’il avoue en propres termes: qu’_avec tous ses beaux discours il n’est qu’un scélérat_!...
Le même auteur, dans sa lettre à M. de Beaumont, archevêque de Paris, s’exprime ainsi:
«Oui, je ne crains pas de le dire: s’il existoit en Europe un seul gouvernement éclairé, un gouvernement dont les vues fussent vraiment utiles et saines, _il eût rendu des honneurs publics à l’auteur d’Émile, il lui eût élevé des statues, etc._»
C’est encore (dit l’estimable auteur de la _Morale de la Bible_) J.-J. Rousseau, dont la vie entière ne fut qu’une longue série de turpitudes, qui, dans ses confessions, dit:
«Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra; je viendrai, livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement: voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise; je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon... Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime quand je l’ai été: j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même. Etre éternel, rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables; qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes indignités, qu’ils rougissent de mes misères. Que chacun d’eux découvre à son tour son cœur au pied de son trône, avec la _même sincérité_, et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose: _Je fus meilleur que cet homme-là._»
Il est assurément impossible de pousser plus loin l’extravagance et les illusions de l’orgueil et de l’impiété. Quoi! l’homme qui convient qu’il a été ingrat, l’homme qui, à toutes les époques de sa vie, a manqué de mœurs, qui a volé, qui a mis tous ses enfans à l’hôpital, qui a changé deux fois de religion par des vues d’intérêts, et qui, malgré le titre de _citoyen de Genève_, écrivoit sans cesse contre _Genève_[105], quoi! cet homme se croyoit _meilleur_ que tous les saints et tous les grands hommes dont nous avons déjà parlé! Il pouvoit penser que ses infâmes confessions effaceroient dans l’éternité les écrits immortels des Saint-Grégoire, des Saint-Bazile, des Saint-Jérôme, des Saint-Jean-Chrisostôme, des Saint-Augustin, enfin, de tous les pères de l’église, ainsi que ceux des éloquens et célèbres adversaires de l’hérésie et de l’incrédulité. Sans doute il le pensoit, puisque dans son ignorance et sa démence philosophique il osoit défier tous les héros de la religion, tous les bienfaiteurs du monde entier, dont la vie fut toujours si constamment admirable et pure, d’avoir surpassé le mérite de ses actions et la perfection de sa conduite et de son caractère.
[105] Toutes ces choses sont consignées dans ses confessions.
Dans tous les partis, ce délire d’orgueil est inconcevable, mais, dans le cours ordinaire des choses, nous n’admirons pas la modestie (dans le grand monde), parce qu’au fond nous n’y croyons point. Elle n’est pour nous, en général, qu’une écorce de bon goût, qu’une modération apparente; il semble même que nous estimerions moins un grand homme, si nous étions sûrs qu’il ne sait pas s’apprécier lui-même; il auroit de moins un suffrage précieux, le sien propre; il ne paroîtroit, pour ainsi dire, qu’une espèce de machine qui n’agit que par une impulsion irrésistible, car nous ne sommes pas assez purs pour admirer une telle vertu.
La modestie est d’un agréable commerce; mais, loin de causer l’enthousiasme qu’inspire une fierté superbe, quand nous sommes forcés d’y croire; elle ne nous paroît qu’une aimable simplicité d’enfant, qui nous fait rire, et c’est ainsi qu’on se moquoit de la modestie de La Fontaine.
Nous croyons avoir prouvé que les _passions_, lorsqu’elles sont violentes, loin _d’avoir des vertus particulières_, ne peuvent produire que des égaremens et des vices, et que tout ce qui est solidement utile et bon ne peut venir que de la religion.
L’un des grands caractères de vérité de cette religion divine est d’élever l’âme et l’esprit; jamais l’impiété n’a produit une pensée sublime. Tout est majestueux dans la religion, tout est sec et froid dans l’impiété; il est impossible de combattre la religion avec l’éloquence des orateurs chrétiens qui l’ont défendue: aussi, les impies du plus grand talent n’ont-ils espéré de pouvoir la détruire qu’avec des sarcasmes et des plaisanteries.
L’impiété sérieuse n’entraîneroit personne; on ne la prêchera jamais avec le sentiment et le génie qui peuvent seuls exciter l’enthousiasme. Ah! sans doute, la piété doit augmenter le talent, et peut en tenir lieu puisqu’elle exalte toutes les vertus! Inspire-t-elle le courage? on s’offre sans crainte à la mort, on la fixe avec sérénité; souvent même avec joie, on supporte les tourmens avec une patience inébranlable. L’humanité, la compassion, sont-elles fortifiées par la piété? on traverse les mers, on s’expose à tous les dangers pour être utile à ses semblables, on se charge de leurs chaînes, on se dévoue dans un hôpital aux devoirs les plus pénibles et les plus rebutans. La grandeur d’âme est-elle perfectionnée par la religion? on justifie en secret son ennemi, on le défend, on le sert sans qu’il le sache et sans jamais s’en vanter; on le secourt dans le malheur, on le prévient, on le console, on l’aime. Enfin, le désintéressement est-il le fruit d’une éminente piété? on donne tout ce qu’on possède aux pauvres, on se dépouille entièrement. Ce dévouement extraordinaire, cet enthousiasme de vertu et d’humanité, n’est pas seulement commun parmi les parfaits _dévots_, il est universel. Tous regardent le faste, la mollesse et l’ambition comme des crimes; tous, en se sacrifiant pour les autres, ne croient que remplir un devoir indispensable, car tels sont les préceptes de l’évangile. Il est bien juste qu’une vertu si utile aux autres nous le soit encore à nous-mêmes, dès cette vie, où le bonheur n’est jamais pur et sans mélange, tandis que le malheur y peut être complet et sans espoir comme sans ressource. Sans la piété, que devient l’être opprimé, flétri, découragé par une longue suite de revers et d’injustice? Que devient-il alors s’il est à la fois isolé, abandonné, méconnu? Mais, si la religion l’éclaire, il supporte ses maux; si elle l’enflamme, il les bénit. Qu’elles sont touchantes et sublimes pour l’infortuné, ces belles paroles de l’évangile: _Bienheureux sont ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés!_ et celles-ci: _Mes frères, regardez comme le sujet d’une grande joie les diverses afflictions qui vous arrivent, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience._ (Épit. Saint-Jacques.)
La philosophie ne pouvant offrir le moindre secours dans les maux extrêmes, tolère ou conseille le suicide. Alors, en effet, dans son système, elle ne sauroit en faire un crime sans inconséquence et sans barbarie. Mais, si le philosophe, parvenu au dernier excès du malheur, n’a pas la force de se tuer, quelle sera son existence? Voici un aveu qui est échappé à l’impiété même:
«Quand la croyance d’un Dieu n’auroit retenu que quelques hommes sur le bord du crime, quand cette opinion n’auroit prévenu que dix assassinats, dix calomnies, dix jugemens iniques sar la terre, je tiens que la terre entière doit l’embrasser[106].»
[106] _Dictionnaire philosophique_.
Le Dieu des philosophes, qui ne punit ni ne récompense, qui ne veut ni culte ni prières, ne peut avoir la moindre influence sur la conduite de ses prétendus sectateurs, qui n’ont aucun intérêt à penser à lui, et ce Dieu, comme on sait, n’empêche ni de _calomnier_, ni de rendre des _jugemens iniques_. Mais le vrai Dieu, le Dieu des chrétiens, menace, épouvante le coupable; promet un prix au repentir ainsi qu’à la vertu, et console l’infortuné. Voilà une croyance utile, voilà celle que le seul intérêt de l’humanité auroit pu rendre respectable. Enfin, l’auteur du paragraphe qu’on vient de citer n’auroit pu nier que les maximes de l’évangile ont prévenu plus de _dix crimes_, ont fait faire plus de _dix actions_ charitables, depuis près de deux mille ans. Pourquoi donc ne désire-t-il pas que la _terre entière embrasse_ une croyance si salutaire?...
Les philosophes modernes qui ont calomnié avec tant d’acharnement et d’impudence les papes, les prêtres, les religieuses, n’ont pas épargné les confréries sur lesquelles ils ont épuisé tous les sarcasmes de l’impiété; cependant, toutes ces pieuses associations, dont on ne voit d’exemples que dans les pays catholiques, ont été formées par la charité chrétienne, et produisent, depuis des siècles, une suite non interrompue d’actions bienfaisantes. Les confréries les plus célèbres de nos jours sont, en Italie, dans la ville de Sienne, la confrérie de Sainte-Catherine de Sienne, qui paie tous les ans un certain nombre de dots pour établir les filles des pauvres artisans. Cette confrérie fait tous les ans, le jour de la fête de Sainte-Catherine, une procession solennelle à laquelle assistent les jeunes filles voilées et vêtues de blanc qui doivent être dotées, et en outre, après la procession, la confrérie va délivrer des prisonniers pour dettes.
A Rome, une confrérie semblable distribue de même des dots tous les ans, le jour de l’annonciation de la vierge, aux jeunes filles pauvres qui veulent ou se marier ou se faire religieuses.
Un auteur, qui malheureusement ne sauroit être suspect lorsqu’il loue des établissemens religieux, s’exprime ainsi en parlant de la ville de Bergame:
«Il y a à Bergame un établissement admirable dont je ne connois point ailleurs d’exemples. C’est une confrérie pour les besoins des prisonniers. Cette pieuse association fournit aux pauvres prisonniers du pain, de la viande, des habits; il y en a quelquefois près de cent à la charge de cette confrérie.»
Cette charité chrétienne, si digne en effet d’admiration, loin d’être un exemple unique, étoit exercée jadis sous la même forme dans toute la France, et se retrouve encore en Espagne et en Portugal. Écoutons sur ce sujet l’estimable traducteur du voyageur le plus exact et le plus véridique.
«On trouve à Lisbonne un nombre infini d’établissemens charitables; les plus remarquables sont ceux des associations connues sous le nom de _Confrérie de la miséricorde_, qui s’empressent de prodiguer à l’humanité souffrante les soins et les secours, quelle que soit la croyance ou le pays. Il suffit d’être malheureux ou infirme pour en être assisté. Leur charité ne se borne pas à accueillir les affligés, elle va encore les chercher et leur porter des consolations et des secours dans leurs asiles particuliers. Ces confréries si respectables se chargent aussi des orphelins et des enfans des familles pauvres; elles les gardent, les élèvent jusqu’à l’âge où ils peuvent être envoyés en apprentissage. Elles les placent alors chez des marchands, dont l’humanité et la probité leur sont connues; et à moins d’inconduite de la part de ces enfans, elles leur continuent leurs tendres soins jusqu’à ce qu’ils soient établis. Le sort des filles dépend de leur honnêteté: quand leurs mœurs sont irréprochables, ces associations les dotent, et de jeunes marchands industrieux les épousent pour profiter de cette dot et se ménager en même temps la protection des confréries. Les membres de ces sociétés visitent les prisons et les hôpitaux, et font parvenir des secours aux prisonniers qui n’ont ni argent ni amis pour les assister. Aussitôt qu’un criminel est condamné à la mort, ils ne l’abandonnent plus. Ils l’encouragent, et l’accompagnent au lieu de l’exécution, où ils l’exhortent au repentir. Leur humanité s’étend jusqu’au delà-même du tombeau, car ils recueillent le corps de la victime qu’ils ensevelissent avec décence, et ils font dire un certain nombre de messes pour le repos de son âme.»
«Il seroit presque impossible de faire l’énumération de tous les actes de charité de ces frères de la miséricorde, dont la bienfaisance est fondée sur les principes les plus purs de la religion, sans aucun alliage d’ostentation ou d’hypocrisie. Ames ardentes et généreuses! respectables bienfaiteurs de l’espèce humaine, quelle récompense vous attend au tribunal suprême de la justice divine! Mais Lisbonne n’est pas la seule ville où il y ait de pareilles associations. On en trouve dans toutes celles non-seulement du Portugal, mais encore de ses colonies; nous désirons bien sincèrement qu’elles s’étendent partout, ou plutôt qu’elles n’aient de bornes que celles du globe.» (_Voyage en Portugal, fait dans les années 1789 et 1790, par Jacques Murphy._)
La sainte _Hermandad_, en Espagne, que l’on confond quelquefois très-mal à propos avec l’Inquisition, est une confrérie répartie dans différens cantons du royaume de Castille seulement, et qui n’a d’autre objet que de veiller à la sûreté des campagnes, en poursuivant ceux qui en troublent la tranquillité; elle est subordonnée au conseil de Castille, dont elle reçoit ses lois: une des plus positives est de ne pas étendre sa juridiction à l’enceinte des villes; il y avoit en France, avant la révolution, un nombre infini de _confréries_ de ce genre, pour le soulagement des infortunés, particulièrement dans les provinces méridionales, et à Paris, entre autres les associations formées par des curés, celle des _Dames de la Charité_, celle de la _Charité maternelle_, qui se sont renouvelées depuis le règne de la terreur, avec une infinité d’autres (dont nous avons parlé avec détail dans les _Veillées de la chaumière_), admirables associations, et qui sont composées de personnes également recommandables par leur piété et par leur active charité.
Les bienfaits publics de la religion sont immenses; mais cette religion auguste qui prescrit l’humilité, qui commande de faire toutes les bonnes œuvres avec mystère! quel bien n’a-t-elle pas dû produire en secret? Que d’actions, et les plus sublimes, inspirées par elles, sont pour jamais ignorées! Combien, en se cachant, elle a secouru d’infortunés! combien elle a réparé d’erreurs et prévenu de crimes! combien elle a vaincu de passions! Quelles vertus n’a-t-elle pas exaltées! quelles consolations n’a-t-elle pas données!
CHAPITRE XXVI ET DERNIER.
Conclusion.
Quelques personnes diront peut-être que les derniers chapitres de cet ouvrage n’ont point de rapport avec son titre, mais cette critique seroit mal fondée; l’activité n’est louable et bonne que lorsqu’elle est constamment dirigée vers le bien; quand au contraire elle se porte, je ne dis pas au mal, mais seulement à ce qui peut y conduire, elle est mille fois pire que la paresse. Il n’y a rien de plus actif, d’esprit et de corps, que les intrigans, les ambitieux, et même les scélérats: l’activité des passions et du vice doit par sa nature être infiniment plus grande que celle de la vertu; car la nécessité du mystère et de mille précautions indispensables, les craintes, les inquiétudes, multiplient les démarches, les projets et le travail de tête.
Sans doute, dans toute bonne éducation, on enseigne que la route de la vertu est la plus sûre ainsi que la meilleure, et que toutes nos actions doivent tendre vers la perfection autant que la nature humaine y peut atteindre. Mais un jeune homme, dès ses premiers pas dans la société, trouve dans les entretiens de la meilleure compagnie une infinité de _préjugés mondains_, délicatement mêlés aux idées justes et morales, et souvent avec tant d’art et de grâce, qu’il s’en aperçoit à peine; d’ailleurs, il craint d’abord de montrer de la contradiction ou de la pédanterie, ensuite il s’y familiarise tellement que tous ses principes s’altèrent insensiblement et deviennent quelquefois tout-à-fait arbitraires; à moins d’une grande force d’esprit et de caractère, les jeunes gens et même ceux qui sont bien nés et bien élevés, tombent peu à peu dans cette funeste confusion d’idées. Il nous a paru utile d’offrir à la jeunesse de petites méthodes qui, fondées sur l’expérience, puissent, en abrégeant les études, leur donner les moyens d’acquérir de nouvelles connoissances en conservant celles qu’ils doivent à l’éducation. Mais, nous devions surtout chercher à les préserver de la fatale influence des principes relâchés qui, lorsqu’on les adopte, peuvent si facilement conduire à la dépravation: ainsi, il étoit indispensable de donner avec précision des définitions exactes de la véritable et de la fausse gloire[107], et de réfuter toutes les fausses opinions contre la religion, et qu’on a, dans ces derniers temps, érigées en maximes comme celles-ci, par exemple: _Que la religion rétrécit l’esprit et dessèche l’âme_; _qu’elle est ennemie des beaux-arts et de l’industrie_, et tous les lieux communs débités depuis quatre-vingts ans contre l’inutilité, l’oisiveté et la paresse des prêtres. Nous avons répondu par des faits incontestables qui prouvent que les beaux-arts, la musique, la peinture, la sculpture, l’architecture, l’industrie, les sciences, l’établissement des manufactures, celui des hôpitaux, et toutes les fondations bienfaisantes, le défrichement des terres, etc., sont uniquement l’ouvrage de la religion et des prêtres.
[107] Ces définitions étoient depuis long-temps dans le portefeuille de l’auteur, mais les événemens actuels présentent à la jeunesse les plus grandes et les meilleures de toutes les leçons. Quelles belles pages on peut maintenant ajouter au discours de Bossuet sur l’histoire universelle! Puisque cet admirable écrivain n’a vu dans l’histoire que ce qu’on devrait surtout y chercher: la marche patiente et majestueuse de la Providence, les desseins de la sagesse suprême et l’accomplissement merveilleux de ses desseins sublimes!...
Les jeunes gens feront toujours un bon emploi du temps, quand ils auront des idées bien affermies et bien stables sur la morale, sur les devoirs qu’elle impose, et sur la gloire désirable qu’elle peut donner. Nous avons tâché de leur rappeler ces vérités éternelles, et dans un livre assez court pour qu’il soit possible de le relire quelquefois sans suspendre ses études et ses occupations journalières. En recommandant tant de fois à la jeunesse, dans le cours de cet ouvrage, la vigilance et l’activité, il ne nous reste plus qu’à la prémunir contre un genre d’activité plus nuisible aux talens et aux progrès des connoissances humaines que ne sauroit l’être l’indolence; nous voulons parler de l’activité physique, c’est-à-dire du corps, qui exclut presque toujours celle de l’esprit. Il y a dans cette activité un mouvement machinal, une turbulence qui s’accorde bien difficilement avec les goûts sédentaires que demandent l’étude et la méditation; les mouvemens violens du corps suspendent en nous la faculté de penser, et quand on la suspend long-temps et d’habitude, on finit par la perdre. Aussi, tous les hommes qui se livrent exclusivement aux exercices du corps, ou qui ont un penchant naturel pour tout ce qui les fait agir, sortir de chez eux, et qui, entre autres choses, aiment la chasse avec passion, tous ces hommes sont presque sans exception, d’une grande ignorance, et n’ont aucune aptitude pour l’étude.
Voici la règle à cet égard: l’activité continuelle du corps est pernicieuse quand elle se borne à satisfaire des goûts et à se procurer des amusemens; mais elle est admirable lorsqu’elle n’est employée qu’à remplir les devoirs fatigans de soldat, d’officier, de général d’armée, etc., ou qu’enfin elle ne s’exerce que pour faire le bien, pour secourir ses semblables, et pour leur rendre quelques services. Le corps doit être subordonné à l’âme; c’est là ce qui nous distingue éminemment de la brute: par conséquent, les ressorts de notre corps ne doivent point, comme ceux d’une mécanique, agir par une impulsion une fois donnée, et qui devient une constante routine; l’âme doit les ennoblir en les dirigeant toujours par une volonté raisonnable et bienfaisante.
Maintenant, la jeunesse françoise doit être éclairée par une expérience que même dans le siècle dernier nul vieillard ne pouvoit avoir. Son berceau, placé au milieu des échafauds, fut entouré des _ombres de la mort_!... Née dans des lieux livrés aux fureurs de la rébellion et de l’impiété, elle est aujourd’hui témoin du triomphe éclatant de la sagesse, des principes monarchiques et de la religion!... Cette jeunesse si valeureuse dans tous les temps connoît avec certitude, par une tradition toute récente et par le témoignage de ses propres yeux, tout ce que l’esprit d’indépendance et l’orgueil, unis à l’athéisme, peuvent produire de folies et de forfaits; tout ce que la fausse gloire peut avoir d’éblouissant, de fragile; tout ce que la gloire véritable a de généreux, de sublime et de solide! elle a vu combien la vertu est respectable et touchante dans le malheur, combien l’ambition, toujours flétrie par les revers, à besoin de prestiges, d’illusion, de succès, pour soutenir une grande renommée[108]... Elle voit enfin les seuls triomphes dignes d’exciter une vive et durable admiration, et la Providence lui offre encore un grand spectacle, celui du crime non-seulement déçu, puni, mais profondément humilié! Leçon utile autant que mémorable que l’histoire n’a jamais donnée d’une manière aussi frappante qu’à l’époque de la guerre généreuse, brillante et magnanime, qui vient de se terminer avec tant de gloire et de bonheur (12).
[108] On sait qu’il n’y a point de fausse gloire pour des armées victorieuses, pour les soldats, les officiers, les généraux, et que la valeur et les succès leur en assurent toujours une véritable, parce que les souverains et les gouvernemens sont seuls responsables de l’injustice des guerres.
FIN.
NOTES
RENVOYÉES A LA FIN DU VOLUME.
(1) CHAPITRE V.
Cette coutume d’avoir un lecteur pendant les repas ne s’est conservée que dans les monastères, mais elle est très-ancienne: Pline, le jeune, dans ses lettres, raconte que son oncle se faisoit toujours lire à table, même quand il avoit du monde, et qu’un jour, un des convives interrompant le lecteur, lui fit répéter un mot qu’il avoit mal prononcé, et que Pline, l’ancien, l’en reprit en disant que cette interruption coûtoit au moins deux lignes aux assistans. Pline, le jeune, ajoute: _N’étoit-ce pas là être bon ménager du temps?_
Un des plus grands souverains qui aient honoré le trône, l’empereur Charlemagne, se faisoit aussi lire pendant ses repas. Jamais prince ne fut aussi _bon ménager du temps_.
Le concile de Fismes, en Champagne, tenu en 881, donnoit à Louis III le conseil de suivre l’exemple de Charlemagne, son trisaïeul, qui mettoit des tablettes sous le chevet de son lit, pour pouvoir, lorsqu’il ne dormoit pas, jeter sur le papier les idées utiles à la discipline de l’église et à la police de son royaume, qui pourroient s’offrir à son esprit dans le silence de la nuit, ou qu’il n’avoit pu recueillir ou fixer pendant la dissipation du jour.
M. Gaillard, historien de Charlemagne, cite le passage latin qui contient cette disposition du concile, dont le rédacteur fut le célèbre Lincmar, l’un des plus illustres prélats de cette auguste assemblée. Ce fut en connoissant ainsi le prix du temps, que Charlemagne put suffire à tout; on a peine à concevoir, en lisant sa vie, comment un seul homme a pu faire tant de choses mémorables. En effet, il fut, à la fois, grand législateur, grand capitaine et le premier restaurateur, en France, des sciences, des lettres et des arts! Un de ses _capitulaires_ contient une disposition très-utile, et qui a été dans la suite la source de toute instruction. Les évêques y sont exhortés à établir des écoles d’instruction publique; il voulut qu’elles fussent toujours dirigées par des ecclésiastiques, car ce prince, si pieux et rempli de génie, pensoit avec raison que la religion est la seule base de toute instruction utile et solide; il établit, lui-même, des écoles pour l’enfance et pour l’âge mûr, et de plus, une école pour le grec à Osnabruck. Dans la lettre circulaire qu’il écrit aux métropolitains et aux abbés pour l’établissement de ces écoles, il dit expressément: «Il vaut mieux, sans doute, faire le bien que de le connoître; mais on le fait plus sûrement quand on le connoît... Des soldats de l’église, tels que vous, doivent être des hommes pieux et savans, et nous souhaitons surtout que vous viviez bien; mais nous souhaitons aussi que vous parliez bien.»
Il veilloit attentivement sur les progrès des jeunes écoliers établis dans les lieux qu’il habitoit, et il trouvoit le temps d’examiner avec les maîtres leurs compositions.
Après avoir loué son inconcevable activité, son historien ajoute: on a vu Louis XIV résister presque seul aux efforts de l’Europe conjurée contre lui; mais Louis XIV, sans sortir de Versailles, faisoit préparer de grandes choses par de grands ministres, et les faisoit exécuter par de grands généraux. Charlemagne étoit seul, son ministre et son général; il dirigeoit tout, il exécutoit tout, il étoit partout; on l’a vu plus d’une fois venir achever, sur les bords du Rhin, du Veser ou de l’Elbe, une campagne qu’il avoit commencée sur les bords de l’Èbre ou de l’Ofanto. Personne, dit M. de Montesquieu, n’eut à un plus haut degré l’art de faire les plus grandes choses avec facilité, et les difficiles avec promptitude. Les affaires renaissoient de toutes parts, il les finissoit de toutes parts.
Parmi nos auteurs modernes, on peut citer Montaigne comme un de ceux qui avoient le plus réfléchi sur l’_emploi du temps_; il considéroit le temps sous un rapport mélancolique et assez neuf: sa durée lui paroissoit être, ce qu’elle est en effet, la chose du monde la plus précaire. Fortement frappé de l’idée que la vie peut nous échapper à chaque instant, il portoit toujours sur lui des tablettes et un crayon, et lorsqu’il étoit hors de chez lui, et qu’il lui venoit quelque idée qu’il croyoit utile, il l’écrivoit aussitôt sur ses tablettes, n’eût-il été qu’à trente pas de sa maison.
On conte du chancelier d’Aguesseau, que s’apercevant que Mme d’Aguesseau se faisoit toujours attendre dix ou douze minutes avant de se rendre dans la salle à manger pour le dîner, il fit un ouvrage uniquement pendant ce temps, afin de ne pas perdre un instant; il en résulta, au bout d’une quinzaine d’années, un livre in-quarto en trois gros volumes, qui a été réimprimé plusieurs fois et qui est fort instructif.
Nous avons entendu dire à M. de Buffon que dès l’âge de 25 ans, il s’étoit fait un plan de journée dont il ne s’étoit jamais écarté que pour cause de maladies; il n’écrivoit point de sa main, il dictoit toujours; et se promenant seul, il composoit pendant ses promenades, il disoit qu’on ne peut bien régler sa vie qu’en réglant invariablement ses journées.
_Nota._ La note 2 ayant été omise par erreur, on la place ici sous le chiffre 3, dont la fin sur le duel peut naturellement lui servir de suite.
(3) CHAPITRE XII.
On s’est plu, depuis trente ans, à bouleverser toutes les notions reçues du bon sens et de la morale: dans des vers, dans des discours de tribune, dans des romans, on s’est accordé à chercher tous les moyens possibles de rendre le vice intéressant et le devoir méprisable, entreprise digne de ceux qui avoient détrôné la vertu pour couronner le crime. Le peuple étant d’une ignorance absolue, il est bien facile d’abuser de l’histoire pour l’égarer, et c’est ce qu’on a fait durant la révolution. On lui a dit que les Romains abolirent la royauté, que Turquin fut détrôné; mais on ne lui a pas dit que les Romains le renvoyèrent sans l’outrager, et qu’ils lui rendirent tous ses biens, et ses biens étoient immenses. Quel affreux cours d’histoire on a fait au peuple de Paris dans les tribunes des Jacobins, surtout pendant trois ans? Les orateurs, dans un langage digne des maximes qu’ils débitoient, ne cherchoient dans l’histoire que les traits qui la souilloient, et n’ont jamais cité une action vertueuse. Lorsqu’on répétoit au peuple que son intérêt _justifie tout, autorise tout_, qu’eût-on pensé si un citoyen, montant à la tribune, eût conté le trait suivant: les Athéniens se trouvoient dans un grand danger, Thémistocle dit au peuple assemblé qu’il avoit imaginé un moyen certain de les tirer de cette situation; mais que le secret étant nécessaire au succès, il ne le pouvoit dire publiquement, et qu’il demandoit au peuple de nommer quelques personnes qui fussent capables de juger son projet. Le peuple nomma le seul Aristide, dont il connoissoit la vertu; Aristide entendit Thémistocle, et dit ensuite au peuple qu’en effet le moyen lui paroissoit infaillible, mais qu’il étoit injuste; et le peuple, d’une voix unanime, rejeta le projet. L’histoire ancienne est remplie de traits semblables, et l’on s’est bien gardé de les faire connoître au peuple françois, dont on vouloit dénaturer l’heureux caractère, et pour pouvoir impunément lui prêcher le meurtre et l’assassinat, pour pouvoir, sans contradiction, déclarer hautement que la justice doit être sacrifiée à nos intérêts; que la clémence et la générosité sont des foiblesses; que la modération est un vice; que la vengeance est un devoir. Il falloit renverser le seul appui de la morale; il falloit détruire la religion et proscrire l’évangile. On a prodigieusement déclamé contre la flatterie des cours, et l’on avoit souvent raison. Mais là, cependant, elle a des bornes, et la flatterie populaire n’en a point. Un souverain, quelque enivré qu’il puisse être de sa puissance et de son rang, a toujours assez de lumières, de goût et de bon sens pour rejeter une flatterie outrée. Souvent on a souffert en silence les crimes des despotes; mais, du moins, on ne faisoit pas l’apologie de leurs forfaits. Nous n’ignorons pas qu’un prêtre imbécile et sanguinaire fit l’apologie de l’assassinat commis par un duc de Bourgogne; mais un fait isolé et relatif à un seul individu, ne prouve rien. Comment les chefs populaires ont-ils parlé au peuple sur les incendies des châteaux, sur les massacres du mois de septembre, sur les pillages, enfin, sur tous les excès qui se sont commis? on se contentoit de dire qu’on _avoit égaré le peuple_, et on ne manquoit jamais d’ajouter que le peuple, quelque chose qu’il fasse, est toujours bon, toujours juste.
La plus abominable cruauté n’étoit jamais en lui qu’une _erreur excusable_; _on l’avoit trompé_; on avoit _abusé de sa bonne foi_. A quels tyrans les plus vils flatteurs ont-ils jamais osé tenir un pareil langage? les courtisans qui flattent un roi sont certainement très-coupables; mais, après tout, ils ne corrompent qu’un seul homme, et si cet homme devient un tyran sanguinaire, on peut le déposer. Mais les flatteurs du peuple corrompent la nation entière. Quel crime que celui-là! Un roi, quelque défectueuse qu’ait été son éducation, en a cependant recueilli quelque instruction. Il a une idée générale de l’histoire, et, s’il aime la lecture, il peut avoir autant et même plus de connoissances acquises que ceux qui l’entourent. Il est souvent impossible, et du moins il est toujours très-difficile de l’égarer en lui persuadant qu’une mauvaise action est un acte d’héroïsme consacré par l’exemple qu’en ont donné les plus grands hommes, et par l’admiration de tous les siècles. On ne lui persuadera jamais qu’il est des cas où le meurtre et l’assassinat sont des actions sublimes. Si on veut l’engager à commettre un crime, du moins, il saura que c’est un crime qu’on lui conseille; c’est beaucoup. Comme le peuple ne comprendroit pas des louanges délicates, les plus exagérées sont pour lui les meilleures; rien ne le séduit en ce genre comme la grossièreté et la puérilité. Si des décrets n’avoient pas donné solennellement à tous les François les manières et le langage des Quakers, ils n’auroient jamais supporté deux mois la tyrannie de Robespierre. Mais cet infâme despote ne portoit ni sceptre, ni couronne; tout le monde pouvoit le tutoyer: il ne parloit que de la _souveraineté du peuple_. Comment se douter qu’il _fût un tyran_? afin de _s’élever à la hauteur des circonstances_, il falloit croire alors que la dignité et la politesse sont incompatibles avec la liberté, et selon Robespierre et ses complices, la définition d’un véritable républicain se réduisoit à ces trois mots: _impie, grossier, et sanguinaire_.
Le duel est un crime digne des temps les plus barbares, et, cependant, il n’a jamais été aussi commun que dans ce siècle.
Il n’existe point d’ouvrage, sur le duel, plus complet et meilleur que celui qui a paru sur la fin de l’année dernière, et qui a pour titre: _Dissertation sur le duel, destinée aux écoles de droit, par J. P. Maflioli_.
Cet écrit, qui contient les recherches les plus savantes, les plus curieuses et les plus judicieuses réflexions, joint à tant de mérite celui d’une précision rare, il n’a que 110 pages, il se vend chez _Arthus Bertrand, libraire, rue Hautefeuille_.
En voici un extrait:
«Le duel est un combat entre deux hommes, dont l’un a fait à l’autre une injure publique.
«Ce mode de vengeance n’a été connu ni des Grecs ni des Romains, nos maîtres en civilisation...
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«Cette espèce de combat est, de sa nature, étranger à la chose publique, et ne peut avoir lieu que pour offenses personnelles entre deux hommes, dont l’un exige réparation de l’autre par la voie des armes.
«Plus nous étudions l’antiquité, plus nous sommes convaincus que cette manière de vider une querelle ou de décider un procès, n’y a pas été en usage. Ce qui, au surplus, ne laisse pas le moindre doute sur ce point de fait, c’est que les anciens n’ont pas même eu l’idée de ce que les modernes entendent par point d’honneur, d’où il suit évidemment qu’ils ne connoissoient pas le duel, car celui-ci n’est que l’effet de celui-là. Aussi, ne voyons-nous pas, dans l’Iliade, qu’Achille ait provoqué Agamemnon, quoique sa grande colère auroit eu précisément pour cause ce qui, parmi nous, amène la plupart des duels. César n’envoya pas non plus un cartel à Caton pour tirer vengeance des injures et sarcasmes dont celui-ci l’avoit chargé en plein sénat dans l’affaire de Catilina...
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«Ainsi, le duel, ce que beaucoup de personnes ignorent, n’appartient pas aux siècles que nous appelons barbares. Sa date est moderne; il n’a commencé en France que vers le milieu du seizième siècle, après l’abolition du combat judiciaire; mais, comme c’est celui-ci qui a engendré le combat sans formes de procès, on ne peut faire avec succès l’histoire du duel, si l’on ne commence par celle du combat judiciaire...
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«Gondebaud, roi des Bourguignons, fut le premier qui introduisit dans nos contrées le combat judiciaire.
«Par une loi qui, de son nom, fut appelée Gombette, il ordonna que ceux qui ne voudraient pas s’en tenir à la déposition des témoins ou au serment de leurs adversaires, pourroient les provoquer au combat; mais le même prince (qui eut la réputation d’un sage) ne fit, ajoutent les historiens, qu’adopter une coutume déjà ancienne dans le nord de l’Europe, laquelle fut ensuite adoptée par la loi des Francs, des Allemands, des Bavarois, des Saxons, des Lombards, etc. Voilà quelle a été chez nous l’origine du combat judiciaire, ainsi appelé parce qu’il étoit autorisé par le souverain, et se faisoit en présence du magistrat...
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«Tout mobile qui seconde les passions humaines porte essentiellement sur une base fausse, et ne doit produire que de mauvais effets; mais, cependant, si le législateur, averti par l’expérience de chaque jour, s’empresse de lui accoler un autre mobile capable de modérer son action, il parviendra à atténuer le vice du premier et à le rendre presque nul. C’est ce qui arriva au combat judiciaire: son exécution fut environnée de tant de devoirs, de tant de cérémonies et d’obstacles, que celui qui demandoit la permission de se battre se jetoit dans des embarras qui devoient nécessairement le rebuter et le faire repentir de sa démarche. Il est évident que sans tous ces correctifs il eût été impossible au combat judiciaire d’obtenir l’existence même la plus courte. Ses résultats eussent été trop révoltans, et si nous voulons savoir quels étoient ces correctifs, lisons les mémoires de Sully, dont voici les expressions, tom. 1, pag. 50:
«Quand les gages étoient donnés et reçus, le juge renvoyoit la décision à deux mois, pendant lesquels des amis communs tâchoient de connoître le coupable et de l’engager à rendre justice à l’autre; ensuite on mettoit les deux parties en prison, où des ecclésiastiques tâchoient de les détourner de leurs desseins. Si les parties persistoient, on fixoit le jour du combat. On amenoit ce jour-là les champions à jeun, devant le même juge qui avoit ordonné le duel; il leur faisoit prêter serment de dire la vérité; on leur donnoit ensuite à manger, puis ils s’armoient en présence du juge ou régloient leurs armes. Quatre parrains choisis avec cérémonie les faisoit dépouiller, oindre le corps d’huile, couper la barbe et les cheveux; on les menoit dans un champ fermé et gardé par des gens armés; c’est ce que l’on appeloit un champ-clos. On faisoit mettre les champions à genoux l’un devant l’autre, les doigts croisés ou entrelacés, se demandant justice, jurant de ne point soutenir une fausseté et de ne point chercher la victoire par fraude ni magie. Les parrains visitoient leurs armes et leur faisoient faire leurs prières et leurs confessions à genoux; et après leur avoir demandé s’ils n’avoient aucune parole à porter à leur adversaire, ils les laissoient en venir aux mains, ce qui ne se faisoit néanmoins qu’après le signal des hérauts, qui crioient par-dessus les barrières. Laissez aller les bons combattans, et alors on se battoit à outrance...
«Le premier combat judiciaire dont l’histoire fasse mention, est celui qui fut permis par arrêt du parlement de Paris, le 21 janvier 1328, entre Renaud, sire de Pons, demandeur, et Bernard, comte de Comminges, défendeur. Le second est celui de Jacques Legris, qui fut condamné à se battre contre Jean de Carrouge, accusé par celui-ci d’avoir violé sa femme pendant la guerre des Croisades; le roi, c’étoit Charles VI, et toute sa cour, furent présens à ce combat, qui se fit en 1586, et où Legris succomba. Entre le premier fait, dont j’ai rapporté l’arrêt, et celui-ci, il y a cinquante-huit ans. Le troisième événement de cette espèce que je trouve bien établi dans notre histoire, c’est le fameux combat qui eut lieu entre Jarnac et la Châtaigneraye, le 10 juillet 1557, dans le parc de Saint-Germain, en présence du roi Henri II, du connétable de Montmorency et de plusieurs autres seigneurs. Ce combat est le dernier qui ait été ordonné par le prince. Quel est l’intervalle qui sépare ces deux derniers faits? il est de cent soixante-un ans; il y a par conséquent eu en France, pendant cette dernière période, deux combats judiciaires. Y en a-t-il eu d’autres? Ce qui est rigoureusement parlant, possible, je l’ignore, mais je ne le crois pas; l’histoire n’eût pas manqué d’en faire mention, car ces événemens étoient de notoriété publique; ils fixoient l’attention générale, c’étoient des spectacles qui attiroient des foules immenses de toutes les parties du royaume; ils nécessitoient des procédures, des informations, qui reposent dans les greffes et aux archives, ainsi, tout concourt à démontrer qu’ils ne se faisoient qu’entre des personnes de haute distinction, et qu’aucun d’eux n’a pu rester ignoré.
«Il est donc constaté, autant qu’une chose peut l’être, que la loi _gombette_, quoique vicieuse en elle-même, n’a pas fait le mal qu’elle auroit pu faire...
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«Les exemples des pères, bons ou mauvais, passent à leurs enfans, tant qu’on ne leur en met pas d’autres sous les yeux; et s’il en a toujours été ainsi, même pour des choses puériles et les plus insignifiantes, que ne sera-ce pas quand il s’agira de renoncer à des usages qui favorisent la passion, qui, bien plus sûrement que le patrimoine des ancêtres, se transmet à la génération la plus reculée?
«Les lois sont nécessaires, sans doute, pour établir l’ordre public de la cité; mais l’enseignement domestique, et plus que cet enseignement, les exemples des pères et des magistrats sont les véritables lois de famille devant lesquelles les premières sont bien foibles lorsqu’il n’y a pas entre elles et les secondes une harmonie parfaite; aussi, voici ce qui arriva et ce qui dut arriver: le législateur, en instituant le combat judiciaire, avoit par-là même reconnu implicitement en principe qu’un combat quelconque étoit une mesure propre à la découverte de la vérité, puisque ses résultats étoient à ses yeux une manifestation de la volonté divine; or, quoique _combat légal_, autorisé d’après telles ou telles épreuves, tels ou tels devoirs, et _combat ordinaire_, fussent des choses bien différentes, puisque l’une étoit permise et l’autre défendue; cependant, comme cette différence ne consistoit que dans des formes rigoureusement prescrites par la loi, dès que ces formes furent abolies, le combat judiciaire disparut entièrement, et laissa la vengeance seule maîtresse du terrain.
«Quelles furent les suites de ce nouvel état de choses? chacun les prévoit; la noblesse militaire, humiliée depuis si long-temps par les entraves attachées au combat judiciaire, fut enchantée de s’en voir affranchie. L’orgueil, qui est toujours là pour punir l’homme heureux de son bonheur, vint le circonvenir avec ses sophismes, et l’enivrer de ses illusions. Il lui persuada sans peine que le combat judiciaire et tout autre combat ne sont, au fond, qu’une seule et même chose; qu’il est ridicule de demander à la justice réparation d’une injure personnelle; que pour un homme d’honneur la plus légère offense doit être lavée par le sang, et qu’une conduite différente n’est que bassesse et lâcheté, etc., etc., etc. Ces maximes auxquelles, pendant longtemps, les lois n’apportèrent pas le moindre obstacle, eurent toute la facilité de se créer un système qui, bientôt, s’appela hautement le code de l’honneur, code devant lequel ceux de la morale et des lois ne furent plus que des mots vides de sens. C’est en vertu de ce code que le duel fut, dès sa naissance, sans nulle gradation, aussi féroce, aussi cruel que nous le voyons, et que, dans l’espace d’un demi-siècle, c’est-à-dire, depuis 1550 jusqu’à l’an 1600, il versa plus de sang que n’avoit fait la loi Gombette pendant les dix siècles de sa durée.»
Louis XIV, effrayé des progrès du duel, fit de sévères ordonnances contre cette barbarie, et c’est un de ses plus beaux titres de gloire; mais il ne put que diminuer le nombre des duels, il ne parvint pas à détruire l’odieux préjugé qui les avoit rendus si communs. Si l’on eût eu son zèle à cet égard sous la régence et sous le règne suivant, on n’auroit presque plus vu de duels; cependant, Louis XV, dans les vingt dernières années de son règne, sévit avec rigueur contre les duels; on n’osoit plus se battre sur le territoire françois, les duellistes se donnoient rendez-vous par delà les frontières.
Depuis la révolution, la fureur du duel est portée au comble; écoutons encore sur ce sujet l’auteur que j’ai déjà cité:
«Nous avons vu et voyons chaque jour des pères de famille couverts d’honorables blessures, obligés d’aller à une mort certaine pour prêter le collet à des hommes qui, dans la vigueur de l’âge, ont sur eux une évidente supériorité de force, d’adresse et d’audace. Nous avons vu, et cela plus d’une fois, des ministres, des chefs de corps, réunis en conseil, fixer, par des transactions en bonne forme, l’espèce d’armes, les règles et les formes d’après lesquelles devoient se faire et se sont effectivement faits des duels entre des enfans de treize à quatorze ans, l’espoir unique de leur race et dignes d’une toute autre protection[109].»
[109] Fait qui a eu lieu à Nancy, entre MM. de Turenne et de Rouillé, officiers au régiment du roi, à peine arrivés à la puberté.
Phases du duel.
«Depuis sa naissance jusqu’à nos jours, le duel a quatre périodes, dont chacune est bien distinguée par le caractère qui lui est propre.
«La première, depuis Henri II, ou l’abolition du combat judiciaire jusqu’au règne de Henri IV, est d’environ un demi-siècle. Le duel, pendant cet espace de temps, a été un crime public, complètement impuni et entièrement abandonné à lui-même. La deuxième, qui est aussi d’un demi-siècle, comprend les règnes de Henri IV et de Louis XIII. Durant cette période, les duels ont été presque aussi fréquens que dans la première, mais avec cette différence bien notable, que les duellistes étoient jugés par les tribunaux, et que les condamnés recouroient à la grâce souveraine. La troisième, qui est celle du règne de Louis XIV, a duré soixante-dix ans. Sous cette période, le duel a été contenu et réprimé par des lois très-sévères. La quatrième date de la régence jusqu’à nos jours, et comprend un siècle entier. Sous cette dernière période, le duel n’est plus un préjugé ni une coutume funeste, ni un crime public (surtout depuis la révolution), c’est un dieu formé sur le modèle de la divinité de Spinosa, tuant, égorgeant les humains avec l’arme de l’athéisme ou du matérialisme.»
Voici comment l’auteur termine sa discussion:
«Ni les édits de nos rois, ni les dispositions du code pénal, ne peuvent convenir pour réprimer le duel. Celles-ci éprouveroient infailliblement les mêmes obstacles que ceux-là ont éprouvés autrefois: la France veut une mesure qui concilie les principes de la justice éternelle avec la foiblesse humaine et la sensibilité nationale; c’est dans cette mesure seule que nous rencontrerons ce juste milieu souvent difficile à trouver (mais qui se trouve, quand on le cherche bien) en-decà ou au-delà duquel le vrai ne peut subsister; c’est dans ces intentions que je viens soumettre à _Sa Majesté_, à la chambre des pairs, à la chambre des députés, à MM. les maréchaux de France, le projet de législation qui va suivre:
Article 1er. «Dans les trois mois qui suivront la publication de la présente loi, tous les officiers de nos régimens de terre et de mer prêteront, entre les mains des chefs respectifs de leurs corps, le serment dont voici les termes:
«Je jure sur ma conscience et mon honneur de prévenir et d’empêcher, autant qu’il sera en mon pouvoir, tout duel qui pourra se présenter entre militaires ou autres, quelle que soit la qualité des personnes entre lesquelles il se présentera, et les motifs qu’elles puissent alléguer pour recourir à cette mesure.
2. «Ce serment sera prêté par tous ceux qui seront nommés officiers dans nos armées, et inscrit par ordre de date sur un registre destiné à cet effet, lequel restera déposé chez le colonel; celui-ci prêtera le même serment entre les mains du commandant de sa division.
3. «Tout officier, quel que soit son grade, qui après avoir prêté le serment ci-dessus, se battra en duel, ou sera convaincu de l’avoir facilité, sera destitué, condamné à un an de prison et à une amende de mille francs, il lui sera, en outre, défendu de porter aucune décoration.
4. «Tout sous-officier qui se battra en duel sera mis en prison pour trois mois, et placé le dernier de sa compagnie pendant un an.
3. «Tout sous-officier, en cas de récidive, sera mis en prison pour un an, et ne pourra plus obtenir d’avancement ni de décoration.
6. «Tout soldat qui se battra en duel sera condamné, pour la première fois, à la salle de discipline, pendant six mois; s’il récidive, il subira une prison de six mois, après lequel temps il sera soumis à une surveillance spéciale, consigné au quartier et privé de tout congé pendant la durée de son engagement.
7. «Tout sous-officier et soldat qui aura excité un duel par ses conseils, ou aura servi de second, ou l’aura facilité en fournissant les armes ou le local pour l’exécution, sera condamné aux mêmes peines que les duellistes.
8. «Quiconque aura empêché un duel, recevra de nous une récompense, sur l’avis du colonel du régiment.
9. «Le capitaine de la compagnie où un duel aura eu lieu, son lieutenant et sous-lieutenant feront toutes les informations relatives au fait, et en remettront le cahier au colonel.
10. «Les duellistes seront jugés par les conseils de guerre, où ils pourront se défendre. Dans tous les cas, ce jugement sera soumis à la révision du conseil de MM. les maréchaux de France, lequel sera appelé haute-cour militaire.
11. «Tous les mois, le colonel de chaque corps rendra compte à notre ministre du nombre des duels arrivés dans cet intervalle; il y fera mention de toutes les personnes qui seront parvenues à en empêcher.
12. «Nous confions l’exécution de la présente loi à notre ministre de la guerre, à MM. les maréchaux de France, à tous les officiers-généraux, à tous les corps d’officiers.»
Second projet.
Article 1er. «Les élèves de toutes les écoles civiles, de celles de médecine, de droit et de tous les collèges de notre royaume, âgés de quinze ans accomplis, huit jours après leur admission, prêteront un serment ainsi conçu:
«Je jure que je ne provoquerai personne en duel, et que, dans l’occasion, j’emploierai tous les moyens qui seront en mon pouvoir pour empêcher cette action.
2. «L’avancement de tous ceux compris au premier article, et qui se seront battus en duel, sera retardé de deux ans, et, en cas de récidive, ils seront condamnés à deux ans de prison, à cinq cents francs d’amende, à quatre ans de surveillance, exclus de toute promotion et de toute place à l’avenir.
3. «Le même serment sera prêté par tous les employés des administrations civiles et militaires de notre royaume.
4. «Ceux compris en cet article 3, qui se battront en duel, seront destitués, et, en cas de récidive, condamnés à deux ans de prison, à cinq cents francs d’amende, et, pendant quatre ans, placés sous la surveillance de la police.
5. «Quiconque aura conseillé, favorisé un duel, prêté les armes ou le local pour son exécution, sera condamné aux mêmes peines.
6. «Tout élève d’une autre profession que celles mentionnées ci-dessus, âgé de seize ans accomplis, qui se sera battu en duel, sera condamné à six mois de prison, et, en cas de récidive, à deux ans et quatre ans de surveillance.
7. «Toute autre personne exerçant un art, une profession, une industrie quelconque, quand même elle auroit été autrefois militaire, et qui se sera battue en duel, sera condamnée à six mois de prison et à une amende de cinq cents francs; en cas de récidive, à deux ans de prison, à mille francs d’amende, et à une surveillance de quatre ans; elle ne pourra, en outre, être nommée à aucune fonction publique.
8. «Les faits de duel, imputés aux personnes des différentes classes désignées ci-dessus, seront jugés par nos tribunaux ordinaires, sur les poursuites de nos procureurs, sauf l’appel à la cour du ressort.
9. «Ceux qui empêcheront un duel obtiendront de nous des récompenses qui seront réglées d’après l’avis du maire de la commune, où le fait aura lieu, et du préfet du département.
10. «Nous confions l’exécution de la présente loi à nos ministres de la justice et de l’intérieur, à tous les magistrats de l’ordre judiciaire et administratif, et à tous les pères de famille.
«Si vous reconnoissez que l’homme est un être libre et moral, on plutôt, si vous êtes conséquent avec vous-même, vous concluerez que le duel est un crime aux yeux de Dieu. En effet, un _être libre et Dieu_ sont des corrélatifs nécessaires, tels que sont entre eux père et fils: et l’être libre, par la seule prérogative de la liberté, est nécessairement sujet d’une puissance supérieure à laquelle il doit compte de l’usage qu’il en fait; sans cette sujétion, la liberté elle-même, considérée seule et sans aucune relation avec cette puissance, seroit le plus funeste de tous les dons, ou plutôt ne seroit qu’un instrument de destruction mis entre les mains d’un enfant, et l’être libre seroit au-dessous de la brute, car la brute n’étant pas libre, ne peut abuser de ce qu’elle n’a pas... Ainsi, le duel est une transgression criminelle lors même que les lois civiles ont la lâcheté de ne pas le punir.
«... L’homme réfléchi sera bientôt convaincu que ces deux mots: _honneur_ et _duel_, offensent la raison par la plus choquante des contradictions; en effet, le premier réjouit ou nous console en nous rappelant toutes les idées de grandeur d’âme, de générosité, de pardon, etc.; et mettant sous nos yeux les images de tout ce qui est bon, de tout ce qui est beau, tandis que l’autre ne fait que nous accabler par les cruelles affections de la vengeance et du désespoir; ainsi, ces deux mots, loin de pouvoir être accolés, se combattent mutuellement et s’entre-détruisent.
«... Mais sortons de la théorie, et voyons ce que produisent tous les duels sans exception: celui des deux champions que le hasard a favorisé, est-il heureux, ou du moins a-t-il ce calme, cette satisfaction intérieure, qu’éprouve toujours l’homme qui a rempli un devoir pénible, ou qui a obéi à un tyran farouche et inexorable? Non: loin de là, son triomphe lui fait horreur; il vient d’immoler à une puérile vengeance un frère d’armes, un ami, un citoyen, utile à la patrie, son sort est lié à celui du premier fratricide de la terre; il s’en fait à lui-même son supplice, quand même la loi du pays ne le punirait pas; et quoi qu’il fasse, ce supplice ne le quittera qu’avec la vie.
«... Tels sont les résultats de tous les duels présens, passés et futurs. Où sont donc les élémens avec lesquels il a été possible de les rattacher par un fil quelconque, à l’idée d’un honneur _même faux_, vous les chercherez en vain, vous ne les trouverez pas; la nature ne peut être faussée jusque-là...
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«Quant à la considération tirée de la prudence et de la circonspection, que le duel, suspendu comme l’épée de Damoclès, peut inspirer à des hommes réunis en masse, je dirai que et d’un côté il produit cette influence, d’un autre il rend plus intraitables, et plus insolemment despotes, ceux qui se croient supérieurs aux autres dans l’expérience de l’escrime, et ici le bien ne peut compenser le mal.
«D’ailleurs, personne n’ignore que la discipline militaire, essentiellement conservatrice de tous ceux qui lui sont soumis, possède éminemment la science des précautions, et des moyens avec lesquels s’obtient cette réciprocité d’égards, sans laquelle un rassemblement d’hommes, même le plus petit, ne pourroit subsister l’espace d’un jour.
«... Le duel étant un crime, la société où il se commet, ne peut exister sans une loi qui le réprime, car un crime national est susceptible de répression comme celui d’un individu, quelle que soit l’ancienneté du préjugé qui l’a soutenu jusqu’à présent. Je ne puis me refuser à citer un exemple qui a un rapport direct avec le sujet que je traite: c’est celui d’une espèce de duel pratiqué chez un peuple de l’Asie, que les voyageurs nous donnent comme le plus civilisé de ce continent, et dont les mœurs, en général, paroissent avoir quelque rapport avec les nôtres... Voici donc comment le _voyageur français_ nous raconte les résultats que produisent au Japon parmi les nobles certaines paroles et divers petits incidens qui blessent, selon eux, ce qu’ils appellent leur honneur.
«_Dès les plus tendres années, on accoutume ici les enfans à des principes d’honneur qui, quelquefois dans un âge plus avancé, ne les portent pas à des actions moins extraordinaires. Deux gentilshommes se sont trouvés sur un escalier du palais impérial. Leurs épées se frottèrent l’une contre l’autre. Celui qui descendait s’offensa de cet accident; l’autre s’excusa en prétendant que c’étoit l’effet du hasard; il ajouta qu’après tout, le malheur n’étoit pas grand, que ce n’étoit que des épées qui s’étoient rencontrées, et que l’une valoit bien l’autre; je vais, reprit le premier, vous en faire voir la différence. Vous croyez, Madame, qu’ils vont se battre, comme auraient fait des Français; vous vous trompez, l’on ne se bat pas au Japon; il est une autre façon de montrer sa bravoure, et c’est ce que fit celui qui se crut offensé: sur le champ il tira son poignard et s’en ouvrit le ventre; le second monte en diligence, pour servir sur la table de l’empereur un plat qu’il tenoit à la main, revient ensuite, et trouvant son adversaire qui expiroit, il lui dit: Je vous aurois prévenu, si je n’eusse été occupé du service du prince, mais je vous suivrai de près, et ferai voir que mon épée vaut bien la vôtre._» (Voyageur françois, vol. 6, page 201.) «Les faits de cette espèce sont confirmés par tous les auteurs qui ont écrit sur le Japon.»
Voilà certainement une espèce de duel beaucoup plus _délicat_ sur le point d’honneur, et plus courageux que le nôtre; car il ne s’y trouve aucun genre d’inégalité.»
... L’estimable auteur dont j’ai tiré cet extrait, termine ainsi son ouvrage:
«Enfin, si le vœu de tous nos magistrats et de tous les gens raisonnables, demandant une loi spéciale contre le duel, exprimé, répété en tant d’occasions ne produit aucun effet, le monde entier sera autorisé à dire qu’au dix-neuvième siècle, la France a déclaré mettre en permanence, non seulement sur sa génération actuelle, mais sur toutes ses générations à venir, le fléau le plus cruel qui puisse accabler les hommes.»
Et l’on peut ajouter: le plus opposé à la religion, à la raison, à l’humanité et à la véritable grandeur d’âme.
(4) CHAPITRE XIII.
Il n’y a pas une vertu généreuse, un acte d’humanité, un dévoûment sublime pour nos proches et pour nos semblables, qui ne soient prescrits, comme préceptes, dans les livres saints; et très-justement, comme tout ce qu’ils contiennent, puisqu’il y auroit ou de la lâcheté, ou de la cruauté, ou de l’égoïsme à se conduire autrement. On expose continuellement et sans balancer, sa vie pour aller combattre dans les armées. Ne pourroit-on pas croire que c’est pour obtenir des appointemens et des grades, si dans des circonstances particulières et très-rares, ces mêmes militaires craignoient d’exposer leurs jours pour sauver ceux de leurs semblables. On achète mille superfluités, on se croit obligé de faire un nombre infini de présens à des gens qui n’en n’ont nul besoin, et l’on ne regarderoit pas comme un devoir indispensable de secourir des infortunés sans aucune ressource, et même, lorsqu’il le faut, aux dépens de sa propre aisance. Le militaire qui se vante d’obéir ponctuellement et sans examen à ses chefs, qui ne sont que les ressorts secondaires qui le font agir, ce militaire pourrait-il, sans inconséquence, manquer de soumission à son souverain?...
Le sujet, le fils, l’époux, le frère, l’ami fidèle et vertueux, n’hésitera jamais à braver tous les périls quand les circonstances l’exigeront, pour secourir et défendre sa patrie, son souverain, sa famille et ses amis! et s’il ne le faisoit pas, il seroit équitablement déshonoré à tous les yeux. Enfin, l’homme religieux qui, même sans être un saint, se trouve forcé par d’horribles événemens (comme on l’a vu tant de fois dans la révolution) de choisir entre l’apostasie et le martyre, ne peut balancer sans être aussi vil que criminel! Et lorsqu’il court à l’échafaud, il se place au nombre des saints, et cependant il ne fait que remplir le plus indispensable de tous les devoirs.
Voilà des vérités d’autant plus importantes, que, lorsqu’elles sont bien reconnues, elles ôtent l’orgueil qui, trop souvent, ternit et dénature la vertu et les belles actions les moins communes. Rappelons-nous toujours que l’Écriture n’appelle jamais l’homme, le plus héroïquement vertueux, que _le juste!_ parce qu’il n’a fait que remplir les devoirs imposés par la volonté divine! et que rien n’est plus juste que d’obéir, dans toutes les situations de la vie, aux ordres de l’arbitre suprême des destinées humaines! et la seule raison suffiroit pour nous faire admirer profondément ces lois éternelles et sacrées!
(5) CHAPITRE XIII.
Pourroit-on concevoir, si on ne le voyoit tous les jours, que les mêmes gens qui, aux spectacles, viennent admirer avec transport, avec enthousiasme, l’empereur Auguste pardonnant sans restriction à Cinna, qui, comblé de ses bienfaits, a voulu l’assassiner; que les mêmes gens, dis-je, qui font éclater en public la même admiration pour tous les traits de ce genre, ne puissent pardonner une parole, un geste et que très-souvent, en sortant de ces représentations théâtrales, ils se décident à s’aller battre avec un homme qui, quelquefois, sans le vouloir, les a coudoyés dans la foule, ou leur a marché sur le pied; certainement les sauvages et les peuples les plus barbares, n’ont jamais poussé aussi loin l’inconséquence, l’inhumanité, la folie et la sottise.
Écoutons sur la vengeance, le plus éloquent des orateurs chrétiens:
«Dieu, (dit Bossuet), a donné des armes naturelles aux animaux, et non à l’homme, afin de modérer en lui l’appétit de la vengeance, et afin de le porter à ne prendre des armes fabriquées et qui lui sont étrangères que par raison, et de l’engager à penser avant de s’en servir.
«L’esprit de ressentiment et de vengeance est un attentat contre la souveraineté de Dieu, _mihi vindicta_, nous dit-il, _c’est à moi que la vengeance est réservée_.
«Dieu seul est juge souverain, à lui le jugement (qu’il ne permet qu’aux rois), à lui la vengeance; l’entreprendre, c’est attenter sur ses droits suprêmes; enfin il est la règle, lui seul peut se venger, parce qu’il ne peut jamais faillir, jamais faire trop ni trop peu.»
(6) CHAPITRE XIII.
L’armée triomphante du maréchal de Turenne étant en marche, ayant ce grand homme à sa tête, fut arrêtée par la députation d’une ville voisine qui venait offrir au maréchal cinquante mille écus pour obtenir de lui de ne point passer par cette ville; le maréchal répondit qu’il n’accepteroit point cette somme, parce que cette ville n’étoit point sur son itinéraire, et qu’il n’y devoit point passer!... (Voyez les mémoires de M. de Turenne.)
On mérite toutes les couronnes de la gloire, lorsqu’on est capable d’une telle bonne foi et d’un tel désintéressement. Ces grands exemples ont été donnés mille fois, non-seulement par les Bayard, les Duguesclin, etc., mais sous les règnes de Henri-le-Grand, de Louis XIII, de Louis XIV. On s’est enrichi de nos jours en faisant la guerre, on s’y ruinoit jadis, et c’est ce qui motive un mot de Molière dans la pièce de Georges Dandin, lorsqu’un des personnages se vantée qu’un de ses aïeux obtint _du roi la permission de vendre tout son bien pour faire le voyage d’outre-mer_. Ce mot étoit alors un hommage rendu à la générosité des militaires français; il n’est plus aujourd’hui qu’une folie ridicule!
(7) CHAPITRE XVII.
L’eau d’Arcueil est de la plus grande limpidité, mais, cependant, il est reconnu qu’elle est très-dangereuse, et que même elle donne la fièvre. Notre excellente eau de la Seine, gâtée par l’épuration faite avec le charbon, et la falsification presque générale des vins, sont peut-être au nombre des causes qui produisent depuis trente ans tant de maladies nouvelles.
(8) CHAPITRE XVII.
D’après les expériences du docteur Priestly sur les différentes sortes d’air, on a rempli une bouteille de l’air pris dans la salle des malades de fièvre putride de l’Hôtel Dieu; on a rempli une autre bouteille de l’air pris dans la salle de spectacle de la comédie italienne, un jour de première représentation, et il s’est trouvé, par l’analyse exacte de ces deux sortes d’air, que celui de la salle de spectacle étoit beaucoup plus malfaisant que celui de l’Hôtel-Dieu. Personne n’a contesté la vérité et l’authenticité de cette expérience, dont M. de Beauchêne a donné un détail circonstancié dans l’un de ses estimables ouvrages. Voilà un sujet de réflexion pour la jeunesse désœuvrée qui passe tant d’heures de la journée aux spectacles!...
(9) CHAPITRE XVII.
Je ne m’appliquerai point ces vers:
«Qui n’a plus qu’un moment à vivre, «N’a plus rien à dissimuler.»
Car, je n’ai jamais dissimulé la vérité, et je l’ai toujours exprimée sans aucune espèce de ménagement, quoique je connusse toutes les tournures que sait communément employer la crainte de se faire des ennemis irréconciliables, alors même qu’on ne veut point parler contre sa conscience et contre ses opinions. Mais les ennemis meurent ainsi que les écrivains qu’ils ont persécutés, les partis s’anéantissent, les préventions se dissipent, les pamphlets, les libelles, les écrits pleins d’erreurs, d’inconséquences, d’injustice et de mensonges, tombent dans l’oubli; tandis que les ouvrages fondés sur la vérité restent, lorsqu’on y trouve d’un bout à l’autre de la bonne foi, de la candeur, une parfaite droiture, et que, d’ailleurs, ils ne sont pas méprisables sous le rapport du style et des idées.
(10) CHAPITRE XVII.
Outre la belle porcelaine de M. Dyle, on ne sauroit trop louer ses peintures sur glace d’une illusion et d’un effet admirable, dont la durée doit surpasser celle de la mosaïque. Il a fallu à l’auteur de l’invention une infinité d’expériences très-coûteuses, pour pouvoir parvenir, non à peindre seulement sur la glace, mais à y incruster profondément les couleurs, procédé qui surpasse infiniment la manière de peindre les anciens vitraux qu’on a tant vantée, et le secret est perdu. On n’a point assez loué cette belle invention de M. Dyle; les gens en place d’alors ne l’ont point protégé, et les journalistes en ont à peine parlé. Les Anglois qui sentent le prix de toutes les inventions utiles ou très-belles, ont le mérite de mettre beaucoup de soin à les faire valoir quand elles se font chez eux; un de leurs peintres, feu M. Reynolds, inventa la composition d’un caustique avec lequel on pouvoit peindre solidement sur le verre et sur la glace; il peignit ainsi les vitraux d’une chapelle d’Oxford; cette petite découverte fut tellement exaltée dans les journaux anglois, que tous les étrangers alloient à Oxford pour y admirer cette chapelle. Nous avons été de ce nombre à notre premier voyage en Angleterre il y a trente-huit ou quarante ans. Ces tableaux n’avoient aucun éclat, mais on voyoit pour la première fois ce genre de peintures non sur de petites vitres, mais sur de grandes glaces, le dessin en étoit charmant, et la composition parfaite. Une de ces glaces représentoit ingénieusement _l’espérance_, vue par derrière, et les bras étendus vers des nuages. Il y a dans cette composition un vague mystérieux qui convient parfaitement à l’espérance.
M. Dyle peint aussi sur les glaces de la plus grande dimension; ses couleurs ont un éclat éblouissant, et comme nous l’avons dit, elles ont l’avantage unique d’être profondément incrustées dans la glace.
(11) CHAPITRE XX.
Saint Louis n’avoit pas douze ans lorsqu’il monta sur le trône en 1226. Ce prince, au siége de la ville de Fontenoy, qu’il prit, fit prisonnier de guerre le fils du comte Delamarche, son vassal révolté, quarante chevaliers et toute la garnison. On voulut engager saint Louis à faire mettre à mort, comme rebelles, le fils du comte et les chevaliers; Louis répondit qu’un fils et des vassaux ne méritaient point ce traitement pour avoir suivi les ordres d’un père et d’un seigneur, et il les envoya prisonniers dans différentes villes.
Louis, prisonnier chez les infidèles, supporta les plus indignes traitemens avec une grandeur d’âme qui subjugua l’admiration de ces barbares: le sultan Moadan finit par adoucir les rigueurs de sa captivité; on commença à traiter de sa rançon, mais les propositions de Moadan furent si déraisonnables, que Louis les refusa toutes; les menaces les plus atroces ne purent ébranler sa fermeté. Cependant on finit par faire un traité à peu près tel que Louis le proposoit; mais à peine l’eut-on conclu, que le sultan fut assassiné. Le chef des conjurés, nommé Octaï, entra chez le roi, son épée sanglante à la main, et, par une fantaisie bizarre, il offrit à Louis de lui rendre la liberté, s’il vouloit l’armer chevalier; mais cette dignité ne se donnant qu’avec de certaines cérémonies religieuses, il regarda comme une profanation d’en revêtir un infidèle, qui, d’ailleurs, étoit le meurtrier de son souverain. Ceux qui l’entouroient eurent beau lui représenter que Saladin avoit été fait chevalier par un chrétien, et que l’empereur avoit conféré la même dignité à Facardin, Louis refusa formellement Octaï, qui le menaça vainement de lui donner la mort. Les émirs enfin ratifièrent le traité; mais une difficulté inattendue pensa coûter la vie au roi: le traité devant être confirmé par des sermens réciproques, les Sarrazins en firent un conçu en ces termes: _Qu’ils renonçoient à Mahomet, s’ils manquoient à l’exécution_; et ils exigèrent du roi les deux sermens suivans, que, s’il manquoit à son engagement, _il vouloit pour toujours être séparé de la compagnie de Dieu_; et celui-ci: _qu’il consentiroit à être mis au même rang que le chrétien qui renie son Dieu, son baptême et sa loi, et qui, par mépris de J.-C., crache sur la croix et la foule aux pieds_[110]. Le roi consentit à prononcer le premier serment, mais le second lui paroissant, dit-il, un _blasphème étudié_ plutôt qu’un serment, il déclara que rien ne pouvoit l’engager à proférer des paroles si exécrables et si inutiles, puisque la première formule exprimoit de même l’engagement le plus irrévocable. On le menaça de lui couper la tête ou de le mettre en croix: «Vous le pouvez, répondit-il froidement, Dieu vous a rendu maître de mon corps; mais mon âme est entre mes mains, et vous n’y pouvez rien.»
[110] Ce dernier serment avoit été composé par un renégat.
On lui mit une épée sur la gorge, il resta immobile en répétant: _Je ne prononcerai point ces blasphèmes._
Les princes Alphonse et Charles, ses frères, le conjurèrent de céder, il fut inébranlable. Après avoir montré la plus grande fureur, et tenté tous les moyens de l’épouvanter, les Sarrazins se contentèrent du premier serment, et on le mit en liberté. Le roi avoit promis par le traité de donner deux cent mille francs avant de se mettre en mer, et il laissa en otage son frère Alphonse. Malgré les périls qu’il couroit parmi les infidèles, il ne voulut les quitter qu’après avoir fait venir cette somme, et retiré son frère de captivité, quoiqu’on le pressât de s’embarquer pour se mettre à l’abri de tout malheur, et ensuite d’envoyer l’argent. Cet argent arriva; et deux jours entiers furent employés à faire les paiemens, qui se comptoient au poids, à dix mille francs par chaque balance. Le roi demandant s’il ne restoit plus rien à payer, Philippe de Montfort lui dit en riant que non, du moins au compte des Sarrazin, qui s’étoient trompés d’une balance, et qui méritoient encore pis, qu’ainsi il n’y avoit qu’à partir. Le roi répondit sèchement qu’il ne vouloit tromper personne: sur quoi Joinville, qui étoit présent, fit un signe à Montfort, et ce dernier, devinant sa pensée, assura le roi que ce qu’il venoit de dire, n’étoit qu’une plaisanterie; mais Louis s’informant du fait, apprit la vérité; il ordonna à Montfort avec sévérité de porter aux Sarrazins les dix mille francs, ce qui fut exécuté, ensuite il s’embarqua l’an 1250.
Tels furent les fruits heureux que produisit dans cette âme si sensible et si magnanime, l’éducation la plus religieuse, et par conséquent la plus parfaite; c’est à ce prince, dans sa jeunesse, que la vertueuse Blanche, la plus tendre des mères, disoit: «Mon fils, j’aimerois mieux vous voir périr à mes yeux, que de vous voir perdre l’innocence de votre baptême.» Elle lui disoit encore: «Souvenez-vous que rien ne peut être glorieux au prince de ce qui est onéreux au peuple. Quand vous croirez être au-dessus des hommes, songez bien que Dieu est au-dessus de vous. Entre un roi et un malheureux il n’y a qu’une ligne de distance; entre Dieu et un roi est l’infini.» Assurément il est de l’intérêt de tous les peuples que les chefs des nations soient élevés dans de tels sentimens, nous citerons encore à ce sujet la belle exhortation que le pieux et brave Louis VII sur son lit de mort fit à son successeur: «Mon fils, (lui dit-il), protégez l’église, les pauvres, les pupilles et les orphelins; conservez et faites respecter les lois; aimez le bien public et la paix; la royauté est une charge que Dieu vous confie, et dont vous lui rendrez compte après votre mort.» Qu’on suppose maintenant à ses derniers momens un souverain irréligieux, qui, durant sa vie, n’a été animé que par l’ambition et l’esprit de conquête, voici certainement, s’il n’a pas été éclairé par la religion sur le bord de la tombe, ce qu’il doit dire à son successeur: méfiez-vous toujours des prêtres; ôtez-leur autant que vous le pourrez toute espèce de crédit dans la nation, parce que les préjugés[111] rendroient toujours leur pouvoir supérieur au vôtre, pouvoir terrible qui, agissant sur les consciences, nuiroit à tous nos projets d’élévation, d’agrandissement et de gloire: faites-vous craindre également de vos sujets et de vos voisins: soyez toujours prêt à faire la guerre lorsqu’elle peut être utile à vos intérêts; et quant à la politique, lisez Machiavel et profitez de ses conseils, etc., etc.
[111] _Préjugés_, en langue philosophique, signifie religion. Son synonyme, dans la même langue, est _superstition_.
(12) CHAPITRE XXVI ET DERNIER.
De certains frondeurs ont prodigieusement déclamé contre la guerre d’Espagne; s’ils avoient un peu plus d’instruction, ils auroient vu que tous les historiens, sans exception, se sont récriés avec beaucoup de justice contre la lâcheté de tous les souverains du temps de Valdémar, roi de Danemarck, qui supporta les rigueurs d’une longue captivité causée par une insigne trahison, sans qu’aucun prince osât se déclarer son défenseur. La captivité de François premier fut légitime, ainsi que celles de tous les princes faits prisonniers dans les batailles; mais la guerre faite uniquement pour délivrer un souverain victime de la rébellion ou de la perfidie, cette guerre même sans succès, seroit toujours magnanime et glorieuse aux yeux de tous ceux qui jugent sans partialité.
FIN DES NOTES.
TABLE DES CHAPITRES.
Épitre dédicatoire. v Préface. vij Chap. Ier. Combien le temps est précieux. 1 Chap. II. Du vice et de la vertu. 10 Chap. III. Emploi du temps dans l’éducation. 15 Chap. IV. Emploi du temps dans la jeunesse. 19 Chap. V. Suite du précédent. 25 Chap. VI. De la manière d’entretenir les connoissances acquises en se réservant le temps nécessaire pour en acquérir de nouvelles. 29 Chap. VII. Suite du précédent. 42 Chap. VIII. Suite du précédent. 52 Chap. IX. De l’emploi du temps dans l’âge mûr. 59 Chap. X. L’emploi du temps dans la vieillesse. 64 Chap. XI. Des œuvres posthumes et des testamens. 77 Chap. XII. Du devoir. 93 Chap. XIII. De la fausse gloire. 100 Chap. XIV. Des préjugés. 105 Chap. XV. De la gloire littéraire. 108 Chap. XVI. De ce que seroit une parfaite civilisation. 116 Chap. XVII. Suite du précédent. 121 Chap. XVIII. Suite du précédent. 133 Chap. XIX. Suite du précédent. 141 Chap. XX. Suite du précédent. 145 Chap. XXI. Suite du précédent. 153 Chap. XXII. Suite du précédent. 171 Chap. XXIII. De la sensibilité. 174 Chap. XXIV. De l’égoïsme. 189 Chap. XXV. Suite du précédent. 196 Chap. XXVI et dernier. Conclusion. 216 Notes renvoyées à la fin du volume. 223
FIN DE LA TABLE.
ERRATA.
Par une erreur du copiste, on a omis, dans le chapitre de la musique, une citation curieuse que voici:
«Gui d’Arezzo, qui inventa les notes de musique, choisit les six syllabes _ut, re, mi, fa, sol, la_, prises de l’_Hymne de Saint-Jean-Baptiste_:
_Ut_ queant laxis _Re_sonare fibris, _Mi_ra gestorum _Fa_muli tuorum, _Sol_ve polluti _La_bii reatum.»
Ce passage est tiré de l’_Histoire de la musique en Italie_, par M. le comte ORLOFF.
Au lieu de: nièce de Mme Érard, _lisez_: nièce de M. Érard, pag. 39.
Au lieu de: Richard Desrues, _lisez_: Desruèz, pag. 132.
NOTE DU TRANSCRIPTEUR
On a corrigé ces deux derniers errata.
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