ANTOINE REDIER

Comme disait Monsieur de Tocqueville...

PARIS LIBRAIRIE ACADÉMIQUE PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35 1925

Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.

DU MÊME AUTEUR

Méditations dans la tranchée, 1 vol. in-16, Payot, 1916, (_Ouvrage couronné par l’Académie française_).

Pierrette, _Aux jeunes filles pour qu’elles réfléchissent_, 1 vol. in-16, Payot, 1917.

Le Mariage de Lison, 1 vol. in-16, Payot, 1918.

Le Capitaine, 1 vol. in-16, Payot, 1919.

Léone, 1 vol. in-16, Payot, 1920.

La Guerre des Femmes, _Histoire de Louise de Bettignies et de ses compagnes_, 1 vol. in-16, Éditions de la vraie France, 1924.

Il a été tiré de cet ouvrage quinze exemplaires numérotés sur papier vélin pur fil des Papeteries Lafuma.

No

Copyright by Perrin 1925.

PRÉFACE

Quand la petite sous-préfète du _Monde où l’on s’ennuie_, à qui son mari a recommandé de s’exprimer avec gravité, déclare: «Ce que le vulgaire appelle du temps perdu est bien souvent du temps gagné, comme a dit M. de Tocqueville», le public de la _Comédie-Française_ est content et le marque par des sourires.

Quand, au parlement, des messieurs bien mis prononcent d’une voix de basse: «La démocratie est un fait providentiel, comme disait Alexis de Tocqueville», le public des tribunes ne rit pas, mais il a tort.

J’ai voulu savoir qui était ce solennel et plaisant Tocqueville. Si l’on commence à lire son œuvre, on a tout de suite envie de le connaître lui-même et de pénétrer dans son âme, car on la sent sincère. Quoique cette sincérité soit quelquefois au service de l’erreur, et d’une erreur triste, qui porte à la mélancolie, elle rend l’homme sympathique. J’ai étudié cet homme avec plaisir; et l’on trouvera ici sur sa vie des détails qui n’étaient pas connus.

Il a recommandé la démocratie, mais sans l’aimer. Il a même un jour, sur un papier que j’ai retrouvé tout jauni, confessé qu’il la méprisait. Je préviens que, les pages où il a plaidé pour elle, je les ai lues avec mes lunettes, qui ne sont pas celles d’un démocrate.

Il a chéri la liberté et l’a fait aimer d’amour à l’homme d’autorité que je demeure après l’avoir lu. D’avoir marié en moi ces deux passions, de m’avoir fait sentir qu’elles n’étaient pas contradictoires, mais complémentaires, je lui ai su gré; et je le dis dans ce livre.

Je souhaite que d’autres, à mon exemple et sans dommage pour leur sagesse, s’éprennent aussi d’une certaine liberté, noble et fortifiante, à laquelle il faudra bien, pour la reconnaître, qu’on attache solidement le nom de Tocqueville.

Alors on pourra écrire dans des livres ou prononcer dans des discours: «La liberté, comme disait Tocqueville...» Et ce ne sera pas ridicule.

Paris, 7 juillet 1924.

A. R.